PAROLES DORÉES

J'ai reposé mon coeur avec tranquillité

Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.

La lutte que je livre au sort est simple et nette,

Et tout peut m'y trahir, non la virilité.

Je ne crois pas à ceux qui pleurent, l'âme éprise

De la sonorité de leurs propres sanglots;

Leur idéal est né de l'écume des mots,

Et comme je les tiens pour nuls, je les méprise.

Cerveaux que la fumée enivre et qu'elle enduit,

Ils auraient inventé la douleur pour se plaindre;

Leur stérile génie est pareil au cylindre

Qui tourne à vide, grince et s'use dans la nuit.

Ils souffrent? Croient-ils donc porter dans leur besace

Le déluge final de tous les maux prédits?

Sous notre ciel chargé d'orages, je le dis,

Il n'est plus de douleur que la douleur d'Alsace.

J'aime les forts, les sains et les gais. Je prétends

Que la vie est docile et souffre qu'on la mène:

J'observe dans la mort un calme phénomène

Accessible à mes sens libres et consentants,

Et qui ne trouble pas ma paix intérieure.

Car la forme renaît plus jeune du tombeau,

Et l'ombre passagère où s'engloutit le Beau

Couve une éternité dans l'éclipse d'une heure.

Car la couleur charmante et mère des parfums

Rayonne inextinguible au fond des nuits funèbres,

Et sa splendeur de feu qu'exaltent les ténèbres

Emparadise encor les univers défunts.

Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge

Est éclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux:

Quand mon coeur sera mûr pour le sol des aïeux,

Notre amour sera clos. N'allume pas de cierge.

Le ciel restera sourd comme il reste béant.

O femme, écoute-moi, pas de terreur vulgaire!

Si l'âme est immortelle, il ne m'importe guère,

Et je ne me vends pas aux chances du néant.

Aucun joug n'a ployé ma nuque inasservie,

Et dans la liberté que lui fait sa vertu,

Voici l'homme qui s'est lui-même revêtu

Du pouvoir de juger et d'attester sa vie.

Hors de moi, je ne prends ni rêve ni conseil;

N'arrachant du labeur que l'oeuvre et non la tâche,

Je ne me promets point de récompense lâche

Pour le plaisir que j'ai de combattre au soleil.

Le limon, que son oeuvre auguste divinise

Par son épouvantable enfantement, répond

Aux désirs surhumains de mon être fécond,

Et ma chair douloureuse avec lui fraternise.

Telle est ma loi. Sans peur et sans espoir, je vais,

Après m'être creusé ma route comme Alcide.

Que la combinaison de mon astre décide

Si je suis l'homme bon ou bien l'homme mauvais.

Mais, quel que soit le mot qu'ajoute ma planète

Aux constellations de la fatalité,

J'ai reposé mon coeur avec tranquillité

Dans l'asile très sûr d'un amour très honnête.

French Lyrics · 第 329 / 445 题