III.--ANTOINE ET CLÉOPÂTRE.

Tous deux, ils regardaient, de la haute terrasse,

L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant

Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend,

Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.

Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,

Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant,

Ployer et défaillir sur son coeur triomphant

Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.

Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns,

Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,

Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires.

Et, sur elle courbé, l'ardent Imperator

Vit dans ses larges yeux étoiles de points d'or

Toute une mer immense où fuyaient des galères.

LES CONQUÉRANTS

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,

Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palos de Moguer, routiers et capitaines

Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal

Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,

Et les vents alizés inclinaient leurs antennes

Aux bords mystérieux du monde occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,

L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques

Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

French Lyrics · 第 319 / 445 题