LES FOUS

Vieux soldats de plomb que nous sommes,

Au cordeau nous alignant tous,

Si des rangs sortent quelques hommes,

Tous nous crions: A bas les fous!

On les persécute, on les tue,

Sauf, après un lent examen,

A leur dresser une statue

Pour la gloire du genre humain.

Combien de temps une pensée,

Vierge obscure, attend son époux!

Les sots la traitent d'insensée;

Le sage lui dit: Cachez-vous.

Mais, la rencontrant loin du monde,

Un fou qui croit au lendemain

L'épouse; elle devient féconde

Pour le bonheur du genre humain.

J'ai vu Saint-Simon le prophète,

Riche d'abord, puis endetté,

Qui des fondements jusqu'au faîte

Refaisait la société.

Plein de son oeuvre commencée,

Vieux, pour elle il tendait la main,

Sûr qu'il embrassait la pensée

Qui doit sauver le genre humain.

Fourier nous dit: Sors de la fange,

Peuple en proie aux déceptions.

Travaille, groupé par phalange,

Dans un cercle d'attractions.

La terre, après tant de désastres,

Forme avec le ciel un hymen,

Et la loi qui régit les astres

Donne la paix au genre humain!

Enfantin affranchit la femme,

L'appelle à partager nos droits.

Fi! dites-vous; sous l'épigramme

Ces fous rêveurs tombent tous trois.

Messieurs, lorsqu'en vain notre sphère

Du bonheur cherche le chemin,

Honneur au fou qui ferait faire

Un rêve heureux au genre humain!

Qui découvrit un nouveau monde?

Un fou qu'on raillait en tout lieu.

Sur la croix que son sang inonde

Un fou qui meurt nous lègue un Dîeu,

Si demain, oubliant d'éclore,

Le jour manquait, eh bien! demain

Quelque fou trouverait encore

Un flambeau pour le genre humain.

French Lyrics · 第 94 / 445 题