CHANSON

Les Cieux inexorables

Me sont si rigoureux,

Que les plus miserables

Se comparans à moy se trouveraient heureux.

Je ne fais à toute heure

Que souhaiter la mort,

Dont la longue demeure

Prolonge dessus moy l'insolence du Sort.

Mon lict est de mes larmes

Trempé toutes les nuits:

Et ne peuvent ses charmes,

Lors mesme que je dors, endormir mes ennuis.

Si je fay quelque songe

J'en suis espouvanté,

Car mesme son mensonge

Exprime de mes maux la triste vérité.

Toute paix, toute joye

A pris de moy congé,

Laissant mon âme en proye

A cent mille soucis dont mon coeur est rongé.

La pitié, la justice,

La constance, et la foy,

Cédant à l'artifice,

Dedans les coeurs humains sont esteintes pour moy.

L'ingratitude paye

Ma fidelle amitié:

La calomnie essaye

A rendre mes tourments indignes de pitié.

En un cruel orage

On me laisse périr,

Et courant au naufrage

Je voy chacun me plaindre et nul me secourir.

Et ce qui rend plus dure

La misere où je vy,

C'est, es maux que j'endure,

La mémoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.

Felicité passée

Qui ne peux revenir:

Tourment de ma pensée,

Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!

Helas! il ne me reste

De mes contentements

Qu'un souvenir funeste,

Qui me les convertit à toute heure en tourments.

Le sort plein d'injustice

M'ayant en fin rendu

Ce reste un pur supplice,

Je serois plus heureux si j'avois plus perdu.

French Lyrics · 第 41 / 445 题