ÉLÉGIE

Quand je suis vingt ou trente mois

Sans retourner en Vendomois,

Plein de pensées vagabondes,

Plein d'un remors et d'un souci,

Aux rochers je me plains ainsi,

Aux bois, aux antres et aux ondes:

Rochers, bien que soyez agez

De trois mil ans, vous ne changez

Jamais ny d'estat ny de forme :

Mais toujours ma jeunesse fuit,

Et la vieillesse qui me suit

De jeune en vieillard me transforme.

Bois, bien que perdiez tous les ans

En hyver vos cheveux mouvans,

L'an d'après qui se renouvelle

Renouvelle aussi vostre chef.

Mais le mien ne peut de rechef

Ravoir sa perruque nouvelle.

Antres, je me suis vu chez vous

Avoir jadis verds les genous,

Le corps habile et la main bonne:

Mais ores j'ai le corps plus dur

Et les genous, que n'est le mur

Qui froidement vous environne.

Ondes, sans fin vous promenez

Et vous menez et ramenez

Vos flots d'un cours qui ne sejourne:

Et moy sans faire long sejour,

Je m'en vais de nuict et de jour

Au lieu d'où plus on ne retourne.

French Lyrics · 第 30 / 445 题