LAFAYETTE TO HAMILTON.

A Yorctown, 1er Septembre, 1778.

Ne suis-je pas bien malheureux, cher Colonel. On me pousse pour aller à

Boston, on me chasse de Rhode Island, ils n’ont ni repos, ni patience

que je ne sois parti, et le même jour que je m’absente est le seul où

j’aurais dû, où j’avais voulu être dans l’île. Le diable en veut dans

ce moment à tous les français; heureusement que je viens de l’attraper,

car à force de courir je suis arrivé à temps pour l’évacuation dont

il voulait encore me priver. Le malheur de ne pas être à la première

affaire m’a fait la peine la plus vive, et je ne m’en consolerai

jamais, quoique ce soit bien loin d’être ma faute. Les deux retraites

font honneur aux troupes et au général Sullivan, qui s’y est conduit

parfaitement, elles en font rue aux Anglais et à leur généraux qui

n’ont montré ni activité, ni génie, du moins à ce qu’il me paraît.

Le malheureux Mr. Tousard a eu le bras emporté au milieu d’une des

actions les plus valeureuses qui ait été faite. C’est un homme aussi

brave qu’il est honnête. Je crains d’embarrasser le général en lui

mandant ce que je voudrais qu’on fît pour lui; mais la commission de

Major ne pouvait-elle pas se changer en celle de lieutenant Colonel;

il avait fait un arrangement avant de partir _le grand arrangement de

Mr. du Coudray_, où en cas de la perte d’un membre, ils devaient avoir

une pension de tant, cet arrangement-là qui comme vous savez n’a pas été

accepté, ne pouvait-il pas se renouveler en sa faveur.

Il faut que vous me rendiez un grand service; c’est de me mander le

plus de détails possibles sur la flotte de Lord Howe,--les moyens qui

existent à New-York, etc. etc. Mr. D’Estaing a beaucoup de raisons de

croire qu’il est arrivé quelques vaisseaux d’Angleterre, autres le

Cornwall. Mandez-moi dans une longue lettre, Mon Cher Hamilton, ce

que vous pensez sur ce qui a été fait, ce qui va se faire, et ce qui

pouvait être fait dans la suite. Votre dépêche me trouvera à Warren,

petite ville près de la Providence, où je vais m’occuper à garder

beaucoup de pays avec peu de troupes, et où sans répondre d’empêcher

une descente des ennemis, je ferai le moins mal possible; si forces

égales, je tâcherai de les battre. On me flatte que le Général viendra

ici lui-même; Dieu le veuille. Les affaires sur lesquelles je vous ai

écrit mes complaintes, l’appaisent un peu, mais pour prendre Rhode

Island il nous faut le Général Washington.

J’attends de vos nouvelles par Mons de Pontgibault et finirai

simplement ma lettre en vous assurant de mon tendre attachement.

Lafayette.

The works of Alexander Hamilton (vol. 1 of 7) · 第 60 / 337 题