XXIII

Mon rêve s’en retourne en souvenirs tranquilles

Vers votre humilité, vieilles petites villes,

Villes de mon passé, villes élégiaques,

Si dolentes les soirs de Noël et de Pâques,

Villes aux noms si doux: Audenarde, Malines,

Pieuses, qui priez comme des Ursulines

En rythmant des avé sur les carillons tristes!

Oh! villes de couvents, villes de catéchistes,

Avec la sainte odeur des encens et des cires,

Villes s’assoupissant, si doucement martyres

De n’avoir pas été suffisamment aimées,

Qui, dégageant le gris mourant de leurs fumées

Comme une plainte d’âme exténuée et vierge,

Agonisent dans le brouillard qui les submerge.

Ensommeillement doux de mes villes natales

Que, le soir, je retrouve en des marches mentales;

Mais, le long des vieux quais, ô mon rêve, où tu erres,

Hélas! tu reconnais des maisons mortuaires

Que dénoncent, jusqu’à l’obit, parmi la brume,

Ce cérémonial d’une antique coutume:

Un nœud de crêpe noir qui flotte sur les portes;

On dirait des oiseaux cloués, des ailes mortes...

Puis, sur les volets clos, une grande lanterne

Pend, de qui la lueur si grelottante et terne

Brûle, en forme de cœur, dans la prison du verre.

C’est comme de la vie encor qui persévère

Et l’on croirait que l’âme ancienne est là qui pleure

Et guette pour rentrer un peu dans sa demeure!

Le règne du silence · 第 94 / 99 题