Les dimanches: tant de tristesse et tant de cloches!
Volets fermés, outils au repos, piano
Grêlement tapoté par des doigts sans anneau,
Des doigts de vierges dont les cœurs sont sans reproches.
Solitude où quelques passants; Vêpres qui geint;
Couleur de demi-deuil planant sur les dimanches,
Avec de la fumée en lentes vapeurs blanches
Et du triste dans l’air comme un jour de Toussaint.
Silence des quartiers monotones. L’espace
Est indistinct, d’un vague où tout semble éloigné;
Et l’on entend, tandis que le soir a saigné,
Les lointains cris d’enfants en oubli de la classe.
Soi-même, dans la rue, on regrette les bons
Naguères parmi la maison familiale
Et son enfance et l’Ame en ce temps liliale
Et la tiède chaleur de lampe et de charbons.
* * * * *
Les dimanches: tant de tristesses! tant de cloche
Vers le faubourg où la lenteur des pas conduit...
Une lanterne en ce commencement de nuit
S’éclaire doucement comme un œil qui reproche.
L’horizon noir ressemble à des linceuls cousus...
Puis voici qu’un second réverbère s’allume
Triste, si triste au loin, clignotant dans la brume,
Tous deux,--comme les yeux d’enfants qu’on n’a pas eus.
X
Musiques de la rue: accordéons
Qu’une chanson amoureuse commente,
Rythme indistinct auquel nous suppléons,
Qui du meilleur de nous rit et s’augmente;
Clairons de cuivre au-devant des soldats,
Processions, chants des catéchumènes,
Marche guerrière ou psaumes presque bas
Psalmodiés par des lèvres amènes;
Toute la joie éparse dans le bruit:
Accords lointains qui traversent les vitres
De notre âme, violons dans la nuit,
Tambours mêlés aux boniments des pitres,
Fête des sons! Ivresse des crincrins!...
Pourtant rien n’est plus triste, rien ne glace
Quand on fléchit pour sa part de chagrins
Que d’entendre la musique qui passe.