VII

La chambre avait un air mortuaire et fermé

Dans cette hôtellerie, en une ville morte,

Où nous avons vécu, ce divin soir de mai!

Silencieusement se referma la porte,

Comme en peine de voir entrer notre bonheur.

Et nous allions à pas étouffés, pris de peur,

Comme on entre dans la chambre d’une malade...

Il flottait quelque chose encor d’une odeur fade

D’anciens bouquets mêlés jadis à des baisers

Et maintenant défunts en d’invisibles verres.

Et les sombres rideaux aux plis éternisés

Et les meubles d’un luxe âgé, froids et sévères,

Gardaient sur eux de la poussière en flocons noirs

Qui parmi l’autrefois des étoffes fanées

Mélancoliquement, depuis tant de longs soirs,

Avaient neigé du lent sablier des années!

Chambre étrange: on eût dit qu’elle avait un secret

D’une chose très triste et dont elle était lasse

D’avoir vu le mystère en fuite dans la glace!...

Car notre amour faisait du mal à son regret.

Et même lorsque avec des mains presque dévotes

Tu vins frôler le vieux clavecin endormi,

Ce fut un chant si pâle et si dolent parmi

La solitude offerte au réveil des gavottes

Que tu tremblas comme au contact d’un clavier mort.

Et muets, nous sentions, dans cette chambre étrange

Avec qui notre joie était en désaccord,

L’hostilité d’un grand silence qu’on dérange!

Le règne du silence · 第 79 / 99 题