VI

Les rêves sont les clés pour sortir de nous-mêmes,

Pour déjà se créer une autre vie, un ciel

Où l’âme n’ait plus rien retenu du réel

Que les choses selon sa nuance et qu’elle aime:

Des cloches effeuillant leurs lourds pétales noirs

Dans l’âme qui s’allonge en canaux de silence,

Et des cygnes parés comme des reposoirs.

Ah! toute cette vie, en moi, qui recommence,

Une vie idéale en des décors élus

Où tous les jours pareils ont des airs de dimanches,

Une vie extatique où ne cheminent plus

Que des rêves, vêtus de mousselines blanches...

Or ces rêves triés ont de câlines voix,

Voix des cygnes, voix des cloches, voix de la lune,

Qui chantonnent ensemble et n’en forment plus qu’une

En qui l’âme s’exalte et s’apaise à la fois.

De même la Nature a fait comme notre âme

Et choisit, elle aussi, des bruits qu’elle amalgame,

Se berçant aux frissons des arbres en rideau,

Lotionnant sa plaie aux rumeurs des écluses...

Voix chorale qui sait, pour ses peines confuses,

Unifier des bruits de feuillages et d’eau!

Le règne du silence · 第 65 / 99 题