II

On dirait d’une ville en l’âme se mirant

Avec des peupliers sur les bords, soupirant

Sans qu’on puisse savoir, par un subtil triage,

Si, dans l’eau qui gémit, c’est le bruit du feuillage

Ou si l’eau se lamente avec sa propre voix.

On dirait d’une ville aux innombrables toits...

--C’est triste, toutes ces fenêtres éclairées

Au bord de l’âme, au bord de l’eau--tristes soirées!

Triste ville de songe en l’âme s’encadrant

Qui pensivement porte un clocher et l’enfonce

Dans cette eau sans refus que son mirage fonce;

Et voici qu’à ce fil de l’âme le cadran

Fond et se change en un clair de lune liquide...

Le cadran, or et noir, a perdu sa clarté;

Le temps s’est aboli sur l’orbe déjà vide

Et dans l’âme sans heure on vit d’éternité.

Le règne du silence · 第 62 / 99 题