IV

La langueur du dimanche et son morose ennui

N’est-ce pas d’être inapte à l’ivresse de vivre,

Considérant la joie et le rire d’autrui

Comme, à chaque fenêtre, en calmes plis de givre,

La mousseline ou le tulle blanc des rideaux,

Comme le tulle blanc des rideaux considère

Les nuages qui sont du tulle légendaire,

Les nuages errant comme en un pays d’eaux,

Dont la blancheur en vols de cygnes s’évapore

Ou se teinte en jardins de beaux rhododendrons;

Au lieu qu’eux, les rideaux, leur tulle est incolore

--Ah! les bonheurs aussi dont nous nous abstiendrons!--

Et demeure captif dans les chambres songeuses,

Incapable de suivre et pourtant enviant

La folie au soleil des formes voyageuses;

Tulle à jamais privé de l’azur ambiant,

Tulle des blancs rideaux qui s’empêche de vivre

Et d’effeuiller à l’air ses calmes fleurs de givre!

V

Tel dimanche pour moi s’embaume de la voix

Des soprani, s’ouvrant comme une cassolette

Dans quelque église. O voix doucement aigrelette;

Chant comme tuyauté, comme raide d’empois,

Évoquant des rochets plissés de séminaires.

Tout à coup l’orgue exulte et roule ses tonnerres,

Puis se tait; et le chant des soprani reprend,

Chant frêle, chant mouillé parmi la vaste église,

Montant dans le silence et le réfrigérant

De son mince jet d’eau qui se volatilise...

L’orgue encor recommence à hisser ses velours

Qui s’éploient à grands plis sonores dans l’abside;

Puis un autre motet frêlement se décide

Et s’entr’aperçoit vague entre les piliers lourds.

Oh! si vague, on dirait un cierge qui s’allume;

Ce n’est pas un oiseau; c’est à peine une plume

Qui vacille dans le vent doux des encensoirs...

Et l’orgue de nouveau hisse ses velours noirs.

Or en les entendant, ces voix insexuelles,

On songe aux vieux tableaux, on songe aux chérubins

Qu’en des Assomptions les Primitifs ont peints,

Des chérubins n’ayant qu’une tête et des ailes,

Enfants-fleurs d’un jardin quasi-religieux,

Envolement de lis devenant des colombes...

Ah! ces chants d’innocence, et si contagieux!

Linges frais par-dessus la fièvre de nos lombes...

Le règne du silence · 第 48 / 99 题