PAYSAGES DE VILLE

I

Dans l’aurore s’éplore un octobre des pierres.

Le vent vindicatif, après tant de saisons,

--En des jours gris, des jours de souffrances plénières--

Ébranle la langueur des anciennes maisons

Dont le front se lézarde en rides de vieillesse.

Sombres murs avancés en âge! Vieux logis

De qui l’âme s’attarde aux rideaux défraîchis,

Branlants de souvenirs et perclus de tristesse,

Qui tamponnent avec de la mousse à leur flanc

La blessure au sang vif des briques s’éraflant;

Vieilles maisons de qui les toitures minées

Voient dépérir, autour des noires cheminées,

Les tuiles rouges qui s’effeuillent lentement

Comme un jardin de grands géraniums qui meurent!

O déclin des maisons! Ruine! Dénouement!

A peine d’autrefois quelques nymphes demeurent

Aux bas-reliefs fleuris où leur printemps dansait;

On les voit chaque jour se débander; et c’est

Triste comme un départ, leurs danses finissantes;

Si triste! tel un soir de noce ou de moisson...

--Un faune sur sa flûte essaie encore un son;--

Mais les nymphes, autour, sont déjà presque absentes,

Mordant un raisin vide et noir, par dernier jeu;

Nymphes de qui la troupe a souffert sous la pluie

Et dans l’intérieur des murs est comme enfuie

N’ayant plus que le geste ébauché de l’adieu!

Car tout s’en va! tout meurt! les pierres sont fanées;

Les bouquets de sculpture, en débris lents, vont choir,

Comme déguirlandés du tombeau des Années

Tant leur effeuillement dans l’air sonore est noir.

C’est un délabrement, une désuétude

De vivre qui les prend et les pousse à la mort

Avec les arbres vieux en proie au même sort;

C’est l’automne des murs! la bise les dénude;

Déjà les carreaux morts sont sans visage aucun;

C’est fini, tout espoir de soleil sur les portes;

Et les pierres déjà se dispersent en un

Unanime et frileux départ de feuilles mortes!

Le règne du silence · 第 32 / 99 题