XVI

On aura beau s’abstraire en de calmes maisons,

Couvrir les murs de bon silence aux pâles ganses,

La Vie impérieuse, habile aux manigances.

A des tapotements de doigts sur les cloisons.

Dans des chambres sans bruit on aura beau s’enclore,

On aura beau vouloir, comme je le voulais,

Que le miroir pensif soit de nacre incolore,

Un peu de clarté mire à travers les volets.

Et l’on entend toujours la plainte de la Vie!

Car, malgré notre vœu d’exil, nous nous créons

Une âme solidaire et qui s’identifie

Avec la rue en pleurs dans les accordéons.

Et peut-on empêcher ses vitres sous la pluie

D’être comme un visage exsangue, couronné

Par des épines d’eau que le vent obstiné

Tresse parmi le verre en pleurs, que nul n’essuie!

Vitres pâles, sur qui les rideaux s’échancrant

Sont cause que toujours la Vie est regardée;

Vitres: cloison lucide et transparent écran

Où la pluie est encor de la douleur dardée.

Vitres frêles, toujours complices du dehors,

Où même la musique, au loin, qui persévère,

Se blesse en traversant le mensonge du verre

Et m’apporte sanglants ses rythmes presque morts!

Ainsi la Vie encor par les carreaux m’obsède,

Car toutes les douleurs sans nom qu’on oubliait:

Les cloches, le feuillage--éternel inquiet--

La pluie, et jusqu’au cri d’une fleur qui décède,

Tout cela qui gémit parmi le soir tombé

Attire mon esprit dans les vitres, doux piège

Où les larmes, les glas, les rayons morts, la neige

Se mêlent dans le verre à l’azur absorbé.

Le règne du silence · 第 17 / 99 题