Chaque rêve, les soirs de rêve, qu’on formule
A l’air de s’évader de nous languissamment
Et de traîner par la chambre comme une bulle
Portant la part d’azur au fond de nous dormant;
Globes fragiles, or et bleu, boules de verre
Où tout le luxe clair de la chambre est miré.
L’une suit l’autre; l’une est vacillante, elle erre
Avec une lenteur de flocon expiré;
D’autres rôdent d’un air perdu de somnambules,
Ayant peur des rideaux, ayant peur du plafond,
Car, se heurter un peu, c’est la mort... Elles vont!
La chambre fait silence et jongle avec ces bulles.
Or le miroir cruel les attire. Voici
Qu’elles virent dans l’air vers la clarté du piège,
Croyant l’espace libre en ce cadre transi
Dont le leurre recule un chemin qui s’abrège.
Mais toutes, arrivant près du miroir blafard,
Où leur illusion voyait une fenêtre
Ouverte à l’infini, sur l’infini peut-être,
Y sentent éclater leur cristal plein de fard...
--Symboles de la fuite éparse de nos Rêves
Qui vont vite mourir au fond des glaces brèves.
X
Quand le soir est tombé dans la chambre quiète
Mélancoliquement, seul le lustre émiette
Son bruit d’incontenté dans le silence clos.
Lustre toujours vibrant comme un arbre d’échos,
Lustre aux calices fins en verre de Venise
Où la douleur de la poussière s’éternise,
Mais en gémissements qu’à peine on remarqua,
Grêles comme un chagrin lointain d’harmonica.
C’est une panoplie aux cliquetis de verre
Où l’on entend le bruit blessé qui persévère;
C’est un grand reliquaire à l’aspect végétal
Où d’invisibles pleurs, captifs dans le cristal,
Roulent en sons mouillés parmi les pendeloques.
Lustre, fontaine blanche aux givres équivoques;
Lustre, jet d’eau gelé, mais où l’eau souffre encor...
Ce lustre, c’est mon Cœur visible en ce décor
Qui frissonne en sourdine et sans cesse s’afflige,
Jet d’eau fleurdelisé dont la plainte se fige!