Nous nous servons encore du même procédé pour rendre notre explication
plus claire. Une jeune fille va deviner. Cette fois, c'est Louise.
Chacune donne un mot à sa compagne, qui est obligée de faire entrer ce
mot dans sa réponse, quelle que soit la question qu'on lui adresse.
ÉMILIE. Juliette, je te donne le mot _crocodile_.
JULIETTE. Et moi je donne à Marie le mot _enchanteur_.
MARIE. Je donne à Hélène le mot _baromètre_.
HÉLÈNE. Je te donne, Mathilde, le mot _jardin_.
MATHILDE. Je donne à Henriette le mot _chanson_.
HENRIETTE. Et toi, Émilie, je te donne _bateau_. (_Louise rentre._)
Émilie, as-tu reçu des nouvelles de ta maman?
ÉMILIE. Oui, et elle m'écrit qu'étant sur le bateau qui descend la Saône
elle a eu un grand orage, avec beaucoup de tonnerre et d'éclairs.
LOUISE. C'est _tonnerre_.
TOUTES. Non, non; c'est bateau.
LOUISE. Juliette, comptes-tu te lever de bonne heure demain?
JULIETTE. Je me lèverai le plus tôt que je pourrai; car, quand je dors
trop, je fais des rêves affreux, et je vois en rêvant des loups, des
serpents, des crocodiles, des tigres, des rhinocéros et des ours.
LOUISE. En voilà assez. Comment veux-tu que je me retrouve dans toutes
ces vilaines bêtes? C'est cro.... non, c'est rhinocéros.
JULIETTE. Pas du tout; tu avais bien commencé, c'est _crocodile_.
LOUISE. Allons, à une autre. Marie, as-tu fini ton dessin?
MARIE. Pas encore. J'aurais besoin pour le finir de la baguette d'un
enchanteur ou de celle d'une fée qui viendrait dans un petit char traîné
par des colombes ou des papillons.
LOUISE. Je suis bien embarrassée, mais je crois que c'est _papillon_.
MARIE. Non, c'est _enchanteur_.
LOUISE. Je ne devinerai donc pas? Dis-moi, Hélène, aimes-tu les fraises?
HÉLÈNE. Que faut-il donc que je réponde? Quand le baromètre... Non;
j'aime bien les fraises, mais j'aime à m'aller promener quand le
baromètre annonce du beau temps.
LOUISE. Ce mot-là n'est pas difficile à deviner. C'est _baromètre_.
MATHILDE. Quel dommage! je préparais une si jolie histoire!
LOUISE. Il n'est pas toujours possible de se servir de l'histoire que
l'on a préparée.
On voit que, pour rendre ce jeu plus difficile, il faut faire entrer
dans sa réponse des mots qui puissent détourner l'attention du mot
véritable. Il y a encore une autre manière de le jouer. On peut se
donner les mots tout bas, afin que les joueurs aient aussi le plaisir de
chercher le mot avec celui qui fait les questions. Au reste, cela fait
peu de différence pour l'intérêt du jeu. L'essentiel est de ne pas
varier sa voix dans la réponse, quand on prononce le mot donné, parce
qu'alors cette inflexion de voix le fait aisément deviner.