Les rondes sont ou de petits poëmes mis en action et chantés sur un air
simple, ou des chansons répétées en choeur, tandis que les enfants, se
tenant par la main, dansent _en rond_.
Cette manière de danser en se tenant par la main doit remonter à la plus
haute antiquité. Les Grecs avaient des danses semblables. Dans l'une de
celles que l'on cite le plus souvent, et dont ils ont conservé la
tradition jusqu'à nos jours, ils étaient censés représenter les détours
du labyrinthe de Crète et la chasse donnée au Minotaure. Les mêmes
inspirations se retrouvent dans un grand nombre de ces antiques rondes
que nos enfants chantent et dansent, sans se douter qu'ils perpétuent le
souvenir d'un fait historique ou une coutume locale maintenant oubliée.
Nous rappellerons ces origines lorsqu'elles se présenteront à nous avec
quelque circonstance digne d'être mentionnée, et nous ne pouvons mieux
faire que de placer ici quelques lignes extraites d'une nouvelle de M.
Ch. Nodier, qui seront une introduction à ce petit recueil de naïves
poésies.
«Comme il faisait très-beau, les jeunes filles ne manquèrent pas
d'arriver à leur rendez-vous du soir, et de former autour du vieil orme
où j'étais assis par hasard leurs danses accoutumées, en chantant en
choeur des airs de ronde qui m'étonnaient par leur simplicité et leur
grâce, parce que l'exil et la guerre m'avaient privé de trop bonne heure
de ces innocentes joies de l'enfance.............. Je ne me rappelle pas
bien l'air et les paroles de ces chansons-là, mais il me semble qu'elles
ne vibreraient jamais à mon oreille sans que mon coeur en tressaillît,
tant elles me révélaient de choses charmantes. Cependant, ce n'était
rien en soi, ou plutôt cela serait impossible à exprimer à ceux qui
n'ont pas senti la même chose. C'était, si je m'en souviens, une belle
qui s'était endormie au bord d'une fontaine, et que son père et son
fiancé cherchaient sans la trouver. C'étaient des filles de roi,
chassées de leurs palais, qui se réveillaient dans la forêt un jour de
bataille.... C'étaient les regrets des bergères qui s'affligent de ne
plus aller au bois, parce que les lauriers sont coupés, et qui aspirent
après la saison qui doit ramener leurs danses.»