LA LANTERNE MAGIQUE.

La lanterne magique, pour les enfants qui n'ont pas l'idée de son

mécanisme, semble quelque chose qui touche au merveilleux. C'est une

sorte de grande boîte, ordinairement en fer-blanc, qui porte à l'une de

ses extrémités une grosse lentille de verre très-épaisse. Dans une

coulisse pratiquée derrière cette lentille, on fait passer de longues

plaques de verre, sur lesquelles des figures peintes représentent des

sujets variés. On tend un grand drap ou un rideau blanc contre les

parois d'une chambre obscure, et les figures s'y reflètent, en

grossissant beaucoup. La personne qui fait glisser les verres doit, à

mesure que les scènes passent devant les spectateurs, leur en donner des

explications divertissantes.

Par un phénomène d'optique assez singulier, si on place les personnages

dans leur position naturelle, ils se trouveront la tête en bas; mais en

les mettant d'une manière contraire, ils seront sur leurs pieds.

Nous allions oublier l'essentiel, mais il nous semble que l'intelligence

de nos enfants y eût suppléé. Nous allons voir s'ils comprennent ce que

nous voulons dire en leur récitant la fable suivante; s'ils ne nous

comprennent pas, il en résultera ce qui est arrivé à certain singe:

Un jour qu'au cabaret son maître était resté

(C'était, je pense, un jour de fête),

Notre singe en liberté

Veut faire un coup de sa tête:

Il s'en va rassembler les divers animaux

Qu'il peut rencontrer dans la ville;

Chiens, chats, dindons, pourceaux,

Arrivent bientôt à la file.

«Entrez, entrez, messieurs! criait notre Jacqueau,

C'est ici, c'est ici qu'un spectacle nouveau

Vous charmera gratis: oui, messieurs, à la porte

On ne prend pas d'argent; je fais tout pour l'honneur.»

A ces mots, chaque spectateur

Va se placer, et l'on apporte

La lanterne magique: on ferme les volets,

Et par un discours fait exprès

Jacqueau prépare l'auditoire.

Ce morceau, vraiment oratoire,

Fit bâiller, mais on applaudit.

Content de son succès, notre singe saisit

Un verre peint qu'il met dans sa lanterne.

Il sait comment on le gouverne

Et crie en le poussant: «Est-il rien de pareil?

Messieurs, vous voyez le soleil,

Ses rayons et toute sa gloire!

Voici présentement la lune; et puis l'histoire

D'Adam, d'Ève et des animaux....

Voyez, messieurs; comme ils sont beaux!

Voyez la naissance du monde!

Voyez...» Les spectateurs, dans une nuit profonde,

Écarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien voir;

L'appartement, le mur, tout était noir.

«Ma foi, disait un chat, de toutes les merveilles

Dont il éblouit nos oreilles

Le fait est que je ne vois rien.

--Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose;

Mais je ne sais pour quelle cause

Je ne distingue pas très-bien.»

Pendant tous ces discours, le Cicéron moderne

Parlait éloquemment et ne se lassait point.

Il n'avait oublié qu'un point:

_C'était d'éclairer sa lanterne._

Jeux et exercices des jeunes filles · 第 58 / 208 题