[Illustration]
Chacune des jeunes filles est censée avoir un instrument dont elle joue.
L'une fait le geste de jouer du violon sur son bras; une autre agite ses
doigts comme si elle avait une flûte; une autre joue du piano sur ses
genoux; une autre de la harpe ou de la guitare. Tous ces gestes doivent
être faits en silence, mais avec précision et sans s'arrêter. Celle qui
est le _chef d'orchestre_ doit tour à tour imiter l'instrument d'une des
musiciennes, en chantant la chanson suivante sur un air qu'elle compose,
si elle ne sait pas le véritable:
Quand Madelon va seulette
Elle ne m'aime plus,
Turlututu (_bis_);
La petite follette
Se rit de ma chansonnette,
Tous mes soins sont superflus,
Turlututu (_bis_).
Au moment où le chef d'orchestre imite un instrument, celle qui en
jouait doit s'arrêter immédiatement. Si elle n'est pas attentive aux
gestes de son chef d'orchestre, qui mène le concert très-vivement et
qu'elle soit si occupée de sa partie qu'elle ne pense pas à cesser tout
à coup, elle paye un gage. Ce jeu doit être conduit avec beaucoup
d'entrain.
Il est encore une manière de le jouer, mais que nous trouvons moins
animée que celle que nous venons d'indiquer. Les musiciens restent en
repos jusqu'au moment où le chef d'orchestre imite l'instrument de l'un
d'eux, qui doit à l'instant même en jouer, et s'arrêter aussitôt qu'un
autre commence, au signal du chef d'orchestre.
L'explication que nous venons de donner de ce jeu, où un chef
d'orchestre improvisé dirige un ensemble d'instruments chimériques, nous
fait penser à un divertissement musical que nous a transmis un grand
génie. De tels exemples rehaussent notre modeste ouvrage, en prouvant,
comme nous l'avons déjà dit, que souvent les grands hommes ont daigné se
faire enfants sans croire déroger. Haydn, le musicien illustre, était en
Hongrie, chez les princes Esterhazy, et déjà il avait composé plusieurs
petits _opéras_, chantés sur un théâtre de marionnettes, que l'on avait
dressé dans le château pour l'amusement des jeunes princes. Un jour, dit
l'auteur[6] à qui nous empruntons ces détails, il se rendit seul à la
foire d'un village des environs. Là, il fit provision et rapporta un
plein panier de mirlitons, de sifflets, de coucous, de tambourins, de
petites trompettes, bref tout un assortiment de ces instruments plus
bruyants qu'harmonieux qui font le bonheur de l'enfance. Il prit la
peine d'étudier leur timbre et leur portée, et composa, avec ces
périlleux éléments harmoniques, une symphonie de l'originalité la plus
bouffonne et la plus savante. Cette symphonie est intitulée: _Fiera dei
Fanciulli_, la fête des enfants. O enfants! n'est-ce pas un grand
honneur pour vous?
[Note 6: M. Ch. Magnin.]