La porte s'ouvre ce matin, comme d'habitude, et Castor quitte, sans
butter, l'écurie. Il boit à lentes gorgées sa part au fond de l'auge et
laisse la part de Pollux attardé. Puis, le mufle s'égouttant ainsi que
l'arbre après l'averse, il va de bonne volonté, avec ordre et pesanteur,
se ranger à sa place ordinaire, sous le joug du chariot.
Les cornes liées, la tête immobile, il fronce le ventre, chasse
mollement de sa queue les mouches noires et, telle une servante
sommeille le balai à la main, il rumine en attendant Pollux.
Mais, par la cour, les domestiques affairés crient et jurent et le chien
jappe comme à l'approche d'un étranger.
Est-ce le sage Pollux qui, pour la première fois, résiste à l'aiguillon,
tournaille, heurte le flanc de Castor, fume, et quoique attelé, tâche
encore de secouer le joug commun?
Non, c'est un autre.
Et Castor, dépareillé, arrête ses mâchoires, quand il voit près du sien
cet oeil trouble de boeuf qu'il ne reconnaît pas.