LA SOURIS

Comme, à la clarté d'une lampe, je fais ma quotidienne page d'écriture,

j'entends un léger bruit. Si je m'arrête, il cesse. Il recommence, dès

que je gratte le papier.

C'est une souris qui s'éveille.

Je devine ses va-et-vient au bord du trou obscur où notre servante met

ses torchons et ses brosses.

Je distingue qu'elle saute par terre et trotte sur les carreaux de

cuisine. Elle passe près de la cheminée sous l'évier, se perd dans la

vaisselle, et par une série de reconnaissances qu'elle pousse de plus en

plus loin, elle se rapproche de moi.

Chaque fois que je pose mon porte-plume, ce silence l'inquiète. Chaque

fois que je m'en sers, elle croit peut-être qu'il y a une autre souris

quelque part, et elle se rassure.

Puis je ne la vois plus. Elle est sous ma table, dans mes jambes. Elle

circule d'un pied de chaise à l'autre. Elle frôle mes sabots, en

mordille le bois, ou, hardiment, la voilà dessus!

Et il ne faut pas que je bouge la jambe, que je respire trop fort: elle

filerait.

Mais il faut que je continue d'écrire, et, de peur qu'elle ne

m'abandonne à mon ennui de solitaire, j'écris des signes, des riens,

petitement, menu, menu, comme elle grignote.

Histoires naturelles · 第 25 / 54 题