XIX

Lorsque les premiers jours de son deuil furent écoulés, notre héros

reprit ses études légales et s'y livra coeur et âme. L'état solitaire

dans lequel il vivait contribua pour une bonne part à son avancement. M.

Duchesne ne fut pas longtemps sans acquérir la certitude que le jeune

homme qui lui avait été si chaleureusement recommandé par son cousin

Belfond, était de ceux qui sont destinés à arriver de bonne heure au

pinacle du succès que tant d'autres n'atteignent jamais. En écrivant à

Rodolphe, il lui avait donné sur Armand les rapports les plus flatteurs

et lui disait que rarement il avait vu de plus grands talents unis à

autant d'énergique fermeté et à autant de probité dans le caractère.

Le lecteur ne sera donc pas surpris d'apprendre, qu'après avoir subi le

plus heureux et le plus brillant des examens, Durand reçut de M.

Duchesne la proposition d'une part dans sa vaste pratique. L'offre fut

vite acceptée avec reconnaissance, et Armand se trouva dans une position

particulièrement bonne pour un homme de son âge, qui avait lutté pendant

quelque temps avec d'aussi grands désavantages.

Cette chose si subtile qu'on appelle le temps s'écoula, et de

bienveillants sourires furent encore prodigués au jeune, habile et

élégant avocat, et les invitations lui vinrent de tous côtés; mais

jamais on ne le vit dans les gaies réunions du monde à la mode.

Cependant, il vint un temps où il fut obligé, du moins une fois, de se

départir de son habitude: ce fut à l'occasion du mariage des son ami

Belfond.

Celui-ci, malgré ses fréquentes et vigoureuses tirades contre le mariage

et le beau sexe, s'était tout-à-coup décidé, après une connaissance de

trois semaines et une cour de huit jours, de conduire à l'autel une

fillette de seize ans, toute fraîche sortie de son costume bleu,--couleur

alors portée par les élèves du Couvent de la Congrégation

Notre-Dame,--et qui, pour contrebalancer son extrême jeunesse, possédait

une jolie figure et des manières tout-à-fait gentilles et aimables. Le

commérage de Québec avait décidé que la jeune personne qu'il avait

choisie était Gertrude de Beauvoir, et Durand s'était senti mécontent de

lui-même par l'étrange et sourde douleur ainsi que par le sentiment de

tristesse que cette nouvelle lui occasionna.

Un matin, Belfond entra dans ses confortables chambres. Armand essaya

inutilement de rendre cordial l'air de préoccupation qu'il avait en

l'apercevant. Son ami l'informa, avec un air souriant mais un peu

embarrassé, qu'il était venu pour lui donner une chance de lui souhaiter

de la joie. Alors notre héros fit de son mieux contre fortune bon coeur,

accepta la proposition avec la meilleure grâce du monde et il ajouta,

peut-être d'un ton un peu mordant, que lui et sa fiancée se

connaissaient depuis assez longtemps pour avoir réciproquement une idée

raisonnable de leurs goûts et de leurs sympathies.

--Allons, s'écria Belfond, pas de persiflages, Armand! Si un autre que

toi m'eût dit cela, au lieu de l'inviter à mes noces, je l'aurais

culbuté d'un coup. La petite Louise et moi nous n'en serons que plus

heureux, après notre mariage, d'avoir pour occupation d'étudier les

qualités de l'un et de l'autre, car, tout naturellement, nous

essaierons de rester aveugles sur nos défauts.

--Louise! dit Armand tout dérouté.

--Oui, Louise d'Aulnay; mais tu n'as pas besoin d'ouvrir de si grands

yeux tu ne la connais pas: elle n'est sortie du couvent que l'été

dernier.

--Ah! reprit Armand se sentant soulagé d'un poids immense, je pensais

que c'était mademoiselle de Beauvoir.

--Non, il n'y a pas de danger! Je t'ai dit, il y a déjà des années,

qu'elle n'était pas de mon goût et que, probablement, je n'étais pas du

sien, et en vérité d'aucune autre; mais qu'importe? elle a refusé des

partis à droite et à gauche, et quelques-uns meilleurs que ceux auxquels

elle aurait droit de s'attendre; mais une chose pour laquelle je la

respecterai et la révérerai toujours, c'est parce qu'elle a directement

rejeté ce suffisant freluquet de de Montenay. Je suppose que sa

vocation, comme ma petite Louise appellerait cela, est de rester vieille

fille. Peut-être que la circonstance qu'elle vient ici pour servir de

fille d'honneur à Louise a donné naissance au bruit courant de mon

mariage avec elle. Les deux familles sont dans les meilleurs termes

d'amitié, se faisant souvent des visites et se rendant des politesses.

Mais quelle différence il y a entre les deux! Ah! Gertrude est trop

spirituelle et trop fière pour un pauvre diable comme moi. Elle te

conviendrait mieux.

Heureusement que, pendant qu'il parlait ainsi, Belfond était occupé

selon une vieille habitude à frapper du bout du pied le pied de la table

sculptée en patte de lion, en sorte qu'il ne s'aperçut pas de la vive

rougeur que ces dernières paroles avaient fait monter à la figure de son

ami.

--Et maintenant, Armand, continua-t-il, aimerais-tu à être garçon

d'honneur?

--Pas du tout, mon cher ami, répondit-il à la hâte: tu sais l'aversion

que j'ai pour ces sortes de cérémonies. Je désire rester dans ma

coquille comme un limaçon.

--C'est ce que je pensais; aussi, j'ai promis conditionnellement à

Arthur d'Aulnay, mon futur beau-frère, que si tu n'acceptais pas je le

choisirais. Il brûle d'être garçon d'honneur, car il est profondément

frappé de mademoiselle de Beauvoir et, comme il n'a que dix-huit ans, tu

peux imaginer les chances qu'il court. Maintenant il faut que je parte,

car j'ai à choisir une garniture de perles pour ma perle incomparable;

mais avant de nous séparer, Armand, un mot d'avis pour toi. Comme tu

sais apprécier mon amitié, n'essaies jamais de me faire endêver sur ce

que je ne connais Louise d'Aulnay que depuis peu de temps ou de donner à

entendre, comme l'a fait ce matin un camarade que je me propose de ne

plus regarder, que si j'avais retardé une semaine j'aurais probablement

changé d'idée comme je l'ai fait si souvent. Allons, au revoir! ne

manques pas d'être prêt de bonne heure le matin de l'heureux jour.

Ce fut avec des sentiments bien divers qu'Armand endossa l'habit

irréprochable avec lequel il devait assister à cette fête nuptiale; puis

il tressaillit à l'idée de se rencontrer prochainement avec la seule

femme qui avait, il le savait maintenant, que qui était encore son

unique amour, la femme dont le généreux courage l'avait sauvé lui-même

de la ruine et qui lui avait tendu une main secourable lorsque tout le

monde, à une exception, l'avait abandonné.

Les d'Aulnay étaient une des premières et des plus riches familles de

Québec, en sorte que tout fut fait avec éclat et splendeur. La fiancée

paraissait comme un perce-neige et son aristocratique fille d'honneur

comme une magnifique fleur de lys, grande, blanche, superbe et noble.

Pendant la cérémonie les yeux d'Armand la suivirent avec un singulier

renouvellement du culte de son enfance et avec l'ardente admiration

qu'elle lui avait inspirée pendant leur première entrevue à la fête

d'été chez M. de Courval; mais à la fin de la cérémonie, lorsque leurs

regards se rencontrèrent et qu'ils échangèrent un petit salut, il pensa

tristement qu'elle n'était pas maintenant plus près de lui qu'elle ne

l'avait été au timide jeune homme de campagne.

Les convives se trouvèrent bientôt assis autour d'une table

somptueusement servie, et ce fut alors qu'il arriva à Armand un des

contre-temps désagréables dont il avait été jusque-là protégé par sa vie

retirée. Depuis le mémorable matin que Gertrude, semblable è un ange de

lumière, lui était apparue à la petite auberge et lui avait arraché

cette promesse qui avait été son salut, il s'y était montré

scrupuleusement et religieusement fidèle; même lorsque madame Martel, en

lui annonçant qu'il était père lui avait présenté un verre plein

jusqu'au bord, l'invitant à boire à la santé de la mère et de l'enfant,

il s'était bravement exposé à l'indignation de la bonne femme en

refusant avec fermeté la coupe qu'elle lui offrait, ce qui lui faisait

faire, plus tard la remarque qu'elle s'attendait bien à la triste

catastrophe qui était survenue peu de temps après une circonstance si

inouïe.

On proposa une santé en l'honneur des jeunes mariés et les verres furent

emplis de champagne. Machinalement notre héros leva le sien à la hauteur

de ses lèvres, espérant par là échapper à la remarque et aux imputations

d'affectation qu'on ne manquerait pas de lui faire. En effet, il fut

désappointé dans son attente car deux ou trois personnes, qui l'avaient

observé, lui en firent le reproche. La tempérance totale était peut-être

plus rare dans ce temps-là qu'aujourd'hui, et il reçut une avalanche de

railleuses désapprobations, jointes à une certaine dose de ce que

Belfond appelait des _scies_.

--Est-ce que M. Durand, comme les chevaliers d'autrefois à la veille de

mettre leurs éperons pour la première fois, aurait fait voeu de

s'abstenir du jus de la vigne? demanda ironiquement de Montenay.

--Je suis lié par une promesse! répliqua notre héros avec froideur, tout

en observant la courtoisie.

--Bien, il me semble qu'une circonstance aussi heureuse que la présente

devrait, comme un jubilé, exempter de tous voeux onéreux ou mal fondé.

Qu'en pense la charmante fille d'honneur!

--Je pense qu'une promesse faite doit être accomplie! répondit-elle

d'une manière brève.

Sur ces entrefaites, une autre santé fut proposée et accueillie, et on

laissa tranquilles Armand et son verre plein.

Après que les convives furent revenus au salon, il se trouvait debout

devant un beau tableau représentant une des belles dames de la cour de

France, et il pensait comme son front calme et fier, ses yeux brillants

ressemblaient à ceux de mademoiselle de Beauvoir, lorsqu'il entendit

tout-à-coup derrière lui le frôlement d'une robe de soie; et se

retournant, il aperçut mademoiselle de Beauvoir qui se rendait à l'autre

bout de l'appartement. Ils échangèrent quelques mots d'étonnement sur ce

qu'ils ne s'étaient vus depuis très longtemps, Armand fit allusion à la

vie retirée qu'il avait menée depuis quelque temps, puis il s'établit

une pause qui fut rompue par Gertrude.

--J'ai été bien contente ce matin, dit-elle, en voyant comme vous avez

fidèlement tenu votre promesse.

--Est-ce que je pouvais faire autrement lorsque vous aviez daigné me la

demander? Ah! j'espère que je la garderai ainsi que le précieux talisman

que vous m'avez alors donné, comme je vous l'ai déjà dit, jusqu'à la

mort!

Et il porta à ses lèvres le rubis dont elle lui avait fait cadeau.

--Songez, mademoiselle de Beauvoir, continua-t-il, songez de quoi vous

m'avez sauvé, à tout ce que je vous dois, et dites-moi si vous devez

vous étonner de l'ardente et éternelle gratitude que je ressens pour

vous?

Ah! Armand, cette voix passionnée, ce regard intense, cette émotion et

ces manières trahissaient, à son insu, un sentiment plus vif que celui

de la reconnaissance.

Une rougeur soudaine monta à la figure de Gertrude, et elle baissa ses

yeux.

--M. Durand, dit-elle, vous attachez véritablement trop d'importance à

une bagatelle, et la fidélité que vous avez mise à observer votre

promesse me récompense amplement de ce qu'il m'en a coûté pour vous la

demander... Mais vous ne vous êtes pas encore informé de votre vieil

ami, M. de Courval? ajouta-t-elle voulant donner le change à la

conversation qui commençait à devenir embarrassante. N'avez-vous pa su

qu'il a été très malade?

--Je suis vraiment fâché de l'apprendre, dit Armand en lui présentant

une chaise que sa compagne accepta de suite, contente de prolonger cette

conversation qui avait revêtu un caractère strictement général.

Elle apprit à Durand que M. de Courval avait eu plusieurs attaques de

rhumatisme aigu, que de fait il était devenu un martyr de cette maladie,

et que, quoiqu'il fût mieux dans le moment, madame de Beauvoir avait été

obligée de rester à la maison pour le soigner; puis l'entretien roula

sur leur première rencontre au Manoir d'Alonville lorsqu'ils n'étaient

qu'enfants, et combien même alors elle l'avait aidé et encouragé. Entre

ce lointain souvenir et leur rencontre, dans la petite auberge, qui

avait exercé une si heureuse influence sur la carrière subséquente du

jeune homme, la transition fut facile. Le sujet était, selon toute

apparence, plein d'intérêt pour les deux, et quel que fût le charme qui

l'animât, bien que son secret et sincère amour pour son amie fût sans

espérance et malgré l'indifférence polie qu'elle lui avait toujours

manifestée, Durand se trouva, presque sans s'en apercevoir, à lui

dévoiler le secret de son coeur, secret qu'il avait si longtemps gardé.

Parée de sa robe et de son voile de fille d'honneur, au milieu des

joyeuses causeries études rires bruyants des convives qui résonnaient

dans ses oreilles, Gertrude de Beauvoir accepta les voeux de celui pour

qui sa préférence datait presque d'aussi loin que la sienne pour elle.

On devine qu'en apprenant l'engagement que sa fille avait fait, madame

de Beauvoir la railla et que les pointes d'épigrammes ne lui firent pas

défaut; mais, heureusement son opposition ne fut ni forte ni de longue

durée. Sans doute Durand n'était pas un seigneur non plus qu'un riche et

indépendant citoyen comme de Montenay ou Belfond mais il était l'associé

d'un vieil avocat bien connu; après quelque temps il deviendrait

possesseur de la fortune de madame Ratelle, et son frère Paul, qui

n'était pas marié et qui, d'après le bruit courant, buvant beaucoup, se

ferait probablement bientôt mourir et le constituerait son héritier.

--Eh! bien, oui, se dit-elle, j'y donne mon consentement, car il vaut

mieux que Gertrude se marie avec lui que de rester vieille fille, comme

je l'en ai souvent menacée.

Quant à M. de Courval, il fut très-satisfait de ce mariage et pendant

une sévère attaque rhumatismale, il fit à la fiancée présent d'une dot

raisonnable et d'un riche trousseau.

Armand avait beaucoup de choses à dire à sa fiancée, notamment la

réception du mystérieux billet qui l'avait appelé auprès du lit de mort

de son père, billet que Gertrude avoua avec confusion avoir écrit

elle-même; ensuite la trahison de son frère Paul, les machinations mises

en oeuvre par madame Martel, les vicissitudes et les agitations de son

malencontreux mariage, la mort paisible de sa femme et depuis lors sa

vie tranquille et monotone. Gertrude l'écoutait avec sympathie, et plus

d'une fois, pendant qu'il poursuivait son récit, il s'aperçut que ses

yeux qu'il avait cru si orgueilleux, si indifférents, s'assombrissaient

d'une tristesse qui donnait à penser.

--Dans tout ce que vous venez de me dire, Armand, il y a une seule chose

que je désirerais qui fût autrement, une chose que je vous demanderai de

rétracter. Par considération pour moi, voulez-vous pardonner à votre

frère Paul, sans restriction et complètement?

Une ombre passa sur le front du jeune homme.

--Gertrude, dit-il enfin, je ne lui ai jamais causé de dommages et je

n'ai pas non plus l'intention de lui en faire pour tout le mal qu'il m'a

causé: certainement que ce doit être assez.

--Non; les concessions que vous avez faites l'ont été en considération

de madame Ratelle: il vous faut maintenant faire quelque chose pour moi.

Ecoutez, Armand: que votre pardon, libre et sans condition soit mon

cadeau de noces; je l'estimerai et l'apprécierai infiniment plus que le

plus pur diamant et la plus rare des perles! Les souverains signalent

ordinairement l'inauguration de leur règne par un acte d'amnistie;

signalons par une semblable preuve de clémence, le commencement de notre

bonheur qui, je l'espère, durera toujours.

Elle disait cela d'un ton badin, mais ses yeux étaient singulièrement

suppliants, et Armand sentit toute l'impossibilité qu'il y aurait pour

lui de ne jamais leur rien refuser.

--Comment, dit-il, puis-je ne pas accorder ce que vous me demandez? Oui,

même mon orgueil vindicatif, la longue animosité que j'ai caressée,

quoique passivement, contre le frère qui m'a volé mon droit d'aînesse et

l'amour de mon père, doivent céder à votre influence. Ah! Gertrude, une

plus grande preuve de votre pouvoir sans bornes et de mon profond

dévouement en se pouvait donner!

La noce fut simple, et c'était, suivant madame de Beauvoir, ce qu'il y

avait de mieux à faire, à cause des antécédents du prétendu. Gertrude,

dont tous les désirs et les aspirations tendaient à la tanquillité et à

l'absence complète de tout éclat, dédaigna avec magnanimité de ressentir

cette observation.

Paul, quoiqu'il eût été poliment invité, envoya une excuse, alléguant

qu'il était malade. Sa conscience lui faisait probablement trop sentir sa

culpabilité envers son frère, pour qu'il désirât se rencontrer avec lui

en une telle circonstance. Cependant, il envoya à la mariée le plus

superbe garniture de joyaux qu'il put se procurer à prix d'argent et,

plus tard, il trouva le courage de faire une courte visite aux nouveaux

mariés, événement que toutefois, ne se renouvela pas souvent. Il ne fit

jamais entrer dans la maison paternelle d'Alonville une femme qui fût

La sienne, afin de chasser la misanthropie qui régnait dans son

intérieur.

De Montenay ne se maria jamais. Il continua à fréquenter les salles de

bal et à suivre les pas de chaque nouvelle débutante pourvu qu'elle fût

jolie, jusqu'à ce que ses cheveux souples et lustrés devinssent gris,

calamité à laquelle il porta remède au moyen de quelque inestimable

teinture, et jusqu'à ce que ses dents blanches et régulières dont il

était si fier eussent été remplacées par un ratelier artificiel. Il mena

cette vie jusqu'à ce que l'âge et les infirmités ne lui laissèrent

d'autre alternative que celle de l'abandonner; il devint alors le plus

méchant et le plus tyrannique des vieux garçons, faisant consister son

principal amusement à se moquer du mariage en général et du bonheur

domestique de ses amis et connaissances en particulier.

Cependant, sa vindicative éloquence ne put jamais amener de nuages sur

le soleil qui dorait la demeure d'Armand et de sa femme. Sans doute, ils

furent quelques fois visités par le trouble et la maladie: c'est le sort

de tous les descendants d'Adam; mais ils trouvèrent dans leur mutuelle

affection d'amples consolations à leurs chagrins passagers.

Une brillante destinée attendait notre héros.

Il se distingua sur l'arène politique de son pays, dans laquelle il

entra peu de temps après son mariage, autant par son inflexible

intégrité que par ses rares talents. Durant le cours de sa carrière il

fut bien soutenu par la noble jeune femme qui partageait ses pensées,

ses espérances, ses projets, comme elle partageait la destinée de sa

vie, et dans les heures de sombre découragement auxquelles échappent

rarement les vrais enfants de leur pays, elle lui donnait des paroles

d'espérance, l'encourageait, l'animant au succès en lui disant:

--En avant!

Jamais il ne fut tenté, par les honneurs et les émoluments de sacrifier

un seul principe, un seul point de justice, et le plus précieux héritage

qu'Armand Durand laissa à ses enfants,--héritage bien supérieur à

l'ample fortune et à la position sociale qu'il s'était acquise,--fut le

souvenir de son sincère et honnête patriotisme, de sa parfaite

intégrité.

[Illustration: Finis.]

Armand Durand; ou, La promesse accomplie · 第 25 / 25 题