Astragalus geniculatus Desf.[31]

Ebenus pinnata L.

Hedysarum pallidum Desf.

H. capitatum Desf.

Onobrychis venosa Desv.

Aizoon Hispanicum L.

Seseli varium Trev.

Atractylis cæspitosa Desf.

Scolymus grandiflorus Desf., etc.

Le sous-bois est presque entièrement composé par des buissons de

_Rosmarinus officinalis_ et des touffes de _Cistus Clusii_, de _Lygeum

Spartum_ et de _Stipa tenacissima_. Ces deux Graminées nous servent

de litière pour recouvrir le sol délayé et défoncé de notre tente.

Nous nous endormons encore une fois tristement au bruit de l’averse

ruisselante et du vent qui courbe la cime des grands Pins.

Le lendemain, 28 juin, le jour se lève terne et gris : la pluie a

cessé, mais les arbres secouent encore des gouttelettes. Néanmoins on

aperçoit au-dessus de la montagne un coin de ciel bleu. D’après les

guides, l’état des chemins ne nous permet pas d’atteindre Tala

avant la nuit et, si le mauvais temps continue, il faudra renoncer

à visiter le Guelâat Es-Snam, tandis qu’en sacrifiant Tala et

marchant directement sur Haïdra nous pourrons à la rigueur subir un

retard de vingt-quatre heures sans abandonner notre objectif principal.

Nous revenons donc sur nos pas jusqu’à l’entrée du Foum Bouibet

et marchons à l’ouest le long des collines pour atteindre la

route officielle dans la passe du Khanguet Es-Slougui (le défilé

du Lévrier). Sur notre chemin s’allonge un éperon rocheux dont

la crête est formée par un mur berbère, c’est-à-dire par deux

lignes parallèles de pierres brutes plantées verticalement. Vers

le milieu de sa longueur ce mur est interrompu par une plate-forme

presque circulaire de dalles non taillées dont le centre est occupé

par un dolmen. A la pointe de l’éperon et à l’extrémité du mur,

un second dallage porte un autre dolmen dont la table renversée gît

sur le sol.

Arrivés au khanguet, nous prenons sur la droite un chemin qui grimpe

sur une pente raide, bordé des deux côtés par des ruines romaines. A

droite s’élève la paroi abrupte de la montagne. La rampe aboutit à

un étroit plateau formé d’un côté par cette paroi, à l’ouest

par un escarpement gazonné qui plonge sur un oued presque caché

parmi les Joncs et les Cypéracées. Au sud il est limité par un

petit relèvement rocheux où grouillent les Goundis. Ce plateau

est coupé par plusieurs doubles lignes de mégalithes qui relient,

à intervalles à peu près réguliers, des dolmens bâtis au milieu

d’un dallage circulaire.

Ces bandes de pierres brutes avec leurs monuments barrent complètement

la seule voie de communication qui des ruines conduise vers le nord

et n’ont pu être établies qu’après la destruction de la ville

romaine[32].

Après une courte halte sur ce plateau, nous abordons une plaine

ondulée où alternent, suivant la nature du sol, de larges bandes

de _Lygeum Spartum_ ou de _Halfa_. Dans les ravins où la terre est

profonde le _Cynara Cardunculus_ s’étale en grosses touffes. La

plaine aboutit à une croupe allongée qui se termine par une ligne

de collines couronnées, comme toujours dans cette région, par un

bois de Pins d’Alep et de Chênes-verts. Nous franchissons une

coupure étroite dans la crête rocheuse et entrons dans une nouvelle

plaine de Halfa où jaunissent ça et là des carrés de moissons

dorées. Une nouvelle chaîne de hauteurs boisées borne devant

nous l’horizon. Nous arrivons au sommet par un terrain raviné,

récemment ravagé par l’incendie. Le flanc nord, en pente très

douce, présente, au milieu de la forêt, quelques fonds encore

verdoyants où les blés alternent avec d’étroites et longues

prairies naturelles. Tout à coup, en sortant du couvert, nous

apparaît l’ensemble imposant des ruines d’Haïdra, l’antique

Ammædra : une citadelle, deux arcs de triomphe, une basilique, une

tour hexagone, de hauts pans de murailles. Nous passons au milieu

de cippes funéraires et, tournant à gauche, nous franchissons la

rivière sur une couche horizontale de rocher d’où l’eau tombe

en cascade et allons camper à l’ouest de la citadelle. Ruinée

par les Vandales ou par les Berbères de l’Aurès, rebâtie par

les Byzantins de Bélisaire ou de Salomon, la forteresse a subi une

nouvelle destruction, peut-être au temps de la légendaire Kahina,

et ses murs encore majestueux n’entendent aujourd’hui que les

ululements de l’effraie et le glapissement des chacals.

Un officier tunisien s’est arrangé au milieu de ces ruines

un modeste asile ; il y exerce les importantes fonctions

d’inspecteur-receveur des douanes. C’est un excellent homme qui

nous accueille avec force compliments et, ce qui vaut mieux encore,

nous envoie un pot de beurre qui améliore singulièrement notre

ordinaire.

La visite des ruines et les préparatifs de notre excursion du

lendemain absorbent le reste de la journée.

Mercredi, 29 juin. Avec quelle impatience j’attendais le jour où je

pourrais enfin mettre le pied sur le Guelâat Es-Snam, ce merveilleux

plateau, cette tranche nummulitique de 100 mètres d’épaisseur qui

termine une montagne presque pyramidale et qu’à quinze lieues à la

ronde on aperçoit de tous les points de l’horizon. En 1862, lorsque,

avec le qaïd Ali, je visitais la frontière algérienne de l’Oued

Melleg à Tebessa, j’avais réussi à escalader le Djebel Bou-Djaber

dont la crête sert de limite à l’Algérie et recueilli sur le

territoire de la Tunisie le _Bupleurum Gibraltaricum_ et l’_Artemisia

Atlantica_ ; mais, à la suite d’une conférence de deux heures avec

les chefs des Oulad Bou-Ghanem, j’avais dû renoncer à pénétrer

plus avant sans faire parler la poudre. Il fallut s’éloigner,

non sans jeter un regard de regret sur cette merveilleuse forteresse

naturelle qu’à cette époque je n’espérais plus revoir.

Aussi, dès l’aube, nous étions en selle et, laissant à Haïdra

nos tentes et notre convoi, nous prenions au nord-est pour tourner

la grande forêt de Pins d’Haïdra et traversions une longue

plaine de Halfa coupée de petits plateaux pierreux où fleurit le

Romarin. Après plus de deux heures d’une marche dont l’ennui

n’est rompu que par le vol des Poules-de-Carthage ou la fuite

effarée de quelques lièvres, nous atteignions un grand ravin aux

berges marneuses au delà duquel le terrain s’élève rapidement,

à peine recouvert d’un maigre gazon qu’égaient seules les fleurs

du _Convolvulus tricolor_. Le sommet est occupé par une bande de

calcaire à Inocérames, couverte comme d’habitude par un bois de

Pins et de Chênes-verts. Avec la nature du sol change le caractère

de la végétation et nous faisons rapidement la récolte des espèces

suivantes :

Rapport sur une mission botanique exécutée en 1884 dans le nord, le sud et l'ouest de la Tunisie · 第 20 / 29 题