Ebenus pinnata L.
Hedysarum pallidum Desf.
H. capitatum Desf.
Onobrychis venosa Desv.
Aizoon Hispanicum L.
Seseli varium Trev.
Atractylis cæspitosa Desf.
Scolymus grandiflorus Desf., etc.
Le sous-bois est presque entièrement composé par des buissons de
_Rosmarinus officinalis_ et des touffes de _Cistus Clusii_, de _Lygeum
Spartum_ et de _Stipa tenacissima_. Ces deux Graminées nous servent
de litière pour recouvrir le sol délayé et défoncé de notre tente.
Nous nous endormons encore une fois tristement au bruit de l’averse
ruisselante et du vent qui courbe la cime des grands Pins.
Le lendemain, 28 juin, le jour se lève terne et gris : la pluie a
cessé, mais les arbres secouent encore des gouttelettes. Néanmoins on
aperçoit au-dessus de la montagne un coin de ciel bleu. D’après les
guides, l’état des chemins ne nous permet pas d’atteindre Tala
avant la nuit et, si le mauvais temps continue, il faudra renoncer
à visiter le Guelâat Es-Snam, tandis qu’en sacrifiant Tala et
marchant directement sur Haïdra nous pourrons à la rigueur subir un
retard de vingt-quatre heures sans abandonner notre objectif principal.
Nous revenons donc sur nos pas jusqu’à l’entrée du Foum Bouibet
et marchons à l’ouest le long des collines pour atteindre la
route officielle dans la passe du Khanguet Es-Slougui (le défilé
du Lévrier). Sur notre chemin s’allonge un éperon rocheux dont
la crête est formée par un mur berbère, c’est-à-dire par deux
lignes parallèles de pierres brutes plantées verticalement. Vers
le milieu de sa longueur ce mur est interrompu par une plate-forme
presque circulaire de dalles non taillées dont le centre est occupé
par un dolmen. A la pointe de l’éperon et à l’extrémité du mur,
un second dallage porte un autre dolmen dont la table renversée gît
sur le sol.
Arrivés au khanguet, nous prenons sur la droite un chemin qui grimpe
sur une pente raide, bordé des deux côtés par des ruines romaines. A
droite s’élève la paroi abrupte de la montagne. La rampe aboutit à
un étroit plateau formé d’un côté par cette paroi, à l’ouest
par un escarpement gazonné qui plonge sur un oued presque caché
parmi les Joncs et les Cypéracées. Au sud il est limité par un
petit relèvement rocheux où grouillent les Goundis. Ce plateau
est coupé par plusieurs doubles lignes de mégalithes qui relient,
à intervalles à peu près réguliers, des dolmens bâtis au milieu
d’un dallage circulaire.
Ces bandes de pierres brutes avec leurs monuments barrent complètement
la seule voie de communication qui des ruines conduise vers le nord
et n’ont pu être établies qu’après la destruction de la ville
romaine[32].
Après une courte halte sur ce plateau, nous abordons une plaine
ondulée où alternent, suivant la nature du sol, de larges bandes
de _Lygeum Spartum_ ou de _Halfa_. Dans les ravins où la terre est
profonde le _Cynara Cardunculus_ s’étale en grosses touffes. La
plaine aboutit à une croupe allongée qui se termine par une ligne
de collines couronnées, comme toujours dans cette région, par un
bois de Pins d’Alep et de Chênes-verts. Nous franchissons une
coupure étroite dans la crête rocheuse et entrons dans une nouvelle
plaine de Halfa où jaunissent ça et là des carrés de moissons
dorées. Une nouvelle chaîne de hauteurs boisées borne devant
nous l’horizon. Nous arrivons au sommet par un terrain raviné,
récemment ravagé par l’incendie. Le flanc nord, en pente très
douce, présente, au milieu de la forêt, quelques fonds encore
verdoyants où les blés alternent avec d’étroites et longues
prairies naturelles. Tout à coup, en sortant du couvert, nous
apparaît l’ensemble imposant des ruines d’Haïdra, l’antique
Ammædra : une citadelle, deux arcs de triomphe, une basilique, une
tour hexagone, de hauts pans de murailles. Nous passons au milieu
de cippes funéraires et, tournant à gauche, nous franchissons la
rivière sur une couche horizontale de rocher d’où l’eau tombe
en cascade et allons camper à l’ouest de la citadelle. Ruinée
par les Vandales ou par les Berbères de l’Aurès, rebâtie par
les Byzantins de Bélisaire ou de Salomon, la forteresse a subi une
nouvelle destruction, peut-être au temps de la légendaire Kahina,
et ses murs encore majestueux n’entendent aujourd’hui que les
ululements de l’effraie et le glapissement des chacals.
Un officier tunisien s’est arrangé au milieu de ces ruines
un modeste asile ; il y exerce les importantes fonctions
d’inspecteur-receveur des douanes. C’est un excellent homme qui
nous accueille avec force compliments et, ce qui vaut mieux encore,
nous envoie un pot de beurre qui améliore singulièrement notre
ordinaire.
La visite des ruines et les préparatifs de notre excursion du
lendemain absorbent le reste de la journée.
Mercredi, 29 juin. Avec quelle impatience j’attendais le jour où je
pourrais enfin mettre le pied sur le Guelâat Es-Snam, ce merveilleux
plateau, cette tranche nummulitique de 100 mètres d’épaisseur qui
termine une montagne presque pyramidale et qu’à quinze lieues à la
ronde on aperçoit de tous les points de l’horizon. En 1862, lorsque,
avec le qaïd Ali, je visitais la frontière algérienne de l’Oued
Melleg à Tebessa, j’avais réussi à escalader le Djebel Bou-Djaber
dont la crête sert de limite à l’Algérie et recueilli sur le
territoire de la Tunisie le _Bupleurum Gibraltaricum_ et l’_Artemisia
Atlantica_ ; mais, à la suite d’une conférence de deux heures avec
les chefs des Oulad Bou-Ghanem, j’avais dû renoncer à pénétrer
plus avant sans faire parler la poudre. Il fallut s’éloigner,
non sans jeter un regard de regret sur cette merveilleuse forteresse
naturelle qu’à cette époque je n’espérais plus revoir.
Aussi, dès l’aube, nous étions en selle et, laissant à Haïdra
nos tentes et notre convoi, nous prenions au nord-est pour tourner
la grande forêt de Pins d’Haïdra et traversions une longue
plaine de Halfa coupée de petits plateaux pierreux où fleurit le
Romarin. Après plus de deux heures d’une marche dont l’ennui
n’est rompu que par le vol des Poules-de-Carthage ou la fuite
effarée de quelques lièvres, nous atteignions un grand ravin aux
berges marneuses au delà duquel le terrain s’élève rapidement,
à peine recouvert d’un maigre gazon qu’égaient seules les fleurs
du _Convolvulus tricolor_. Le sommet est occupé par une bande de
calcaire à Inocérames, couverte comme d’habitude par un bois de
Pins et de Chênes-verts. Avec la nature du sol change le caractère
de la végétation et nous faisons rapidement la récolte des espèces
suivantes :