«Ces lettres disaient qu'Agérinus, affranchi et confident intime
d'Agrippine, avait été surpris le fer à la main pour l'assassiner;
qu'Agrippine s'était fait justice à elle-même en se punissant de la
même mort qu'elle avait tramée contre lui. Il ajoutait, à cette
accusation, des crimes rappelés depuis contre sa mémoire: qu'elle
avait brigué l'association à l'empire, qu'elle aspirait à faire prêter
le serment des prétoriens à une femme, et de faire subir au sénat et
au peuple romain cette humiliation; que, déçue dans ses complots,
aigrie contre le sénat, l'armée, le peuple, elle avait dissuadé son
fils de faire les gratifications et les largesses publiques, et ourdi
des trames pour perdre les Romains les plus illustres.
«Combien n'avait-il pas fallu d'efforts à son fils pour l'empêcher de
pénétrer dans le conseil, et de venir répondre elle-même aux
ambassadeurs des nations étrangères.
«Sa mort a été une providence du peuple romain, ajoutait Néron, car il
l'attribuait toujours à un naufrage. Mais que ce naufrage eût été
fortuit, quel homme eût été assez crédule pour le croire? Ou qu'à
peine échappée à un tel naufrage, une femme eût envoyé un seul
affranchi, avec un seul glaive à la main, pour combattre les armées et
les flottes du maître du monde?
«Aussi l'opinion publique cherchait-elle le coupable, non pas tout
déjà dans Néron, dont l'atrocité surpassait d'avance toute indignation
et toute plainte, mais dans Sénèque, rédacteur d'un message qui
n'était que l'aveu d'un tel forfait.
«Cependant, par une monstrueuse émulation des sénateurs, on vota des
prières publiques dans tous les sanctuaires, des jeux annuels, des
fêtes à Minerve, en commémoration du jour où le prétendu complot
d'Agrippine avait été prévenu, et le jour de la naissance d'Agrippine
fut mis au nombre des jours néfastes.»