LII

«Ces lettres disaient qu'Agérinus, affranchi et confident intime

d'Agrippine, avait été surpris le fer à la main pour l'assassiner;

qu'Agrippine s'était fait justice à elle-même en se punissant de la

même mort qu'elle avait tramée contre lui. Il ajoutait, à cette

accusation, des crimes rappelés depuis contre sa mémoire: qu'elle

avait brigué l'association à l'empire, qu'elle aspirait à faire prêter

le serment des prétoriens à une femme, et de faire subir au sénat et

au peuple romain cette humiliation; que, déçue dans ses complots,

aigrie contre le sénat, l'armée, le peuple, elle avait dissuadé son

fils de faire les gratifications et les largesses publiques, et ourdi

des trames pour perdre les Romains les plus illustres.

«Combien n'avait-il pas fallu d'efforts à son fils pour l'empêcher de

pénétrer dans le conseil, et de venir répondre elle-même aux

ambassadeurs des nations étrangères.

«Sa mort a été une providence du peuple romain, ajoutait Néron, car il

l'attribuait toujours à un naufrage. Mais que ce naufrage eût été

fortuit, quel homme eût été assez crédule pour le croire? Ou qu'à

peine échappée à un tel naufrage, une femme eût envoyé un seul

affranchi, avec un seul glaive à la main, pour combattre les armées et

les flottes du maître du monde?

«Aussi l'opinion publique cherchait-elle le coupable, non pas tout

déjà dans Néron, dont l'atrocité surpassait d'avance toute indignation

et toute plainte, mais dans Sénèque, rédacteur d'un message qui

n'était que l'aveu d'un tel forfait.

«Cependant, par une monstrueuse émulation des sénateurs, on vota des

prières publiques dans tous les sanctuaires, des jeux annuels, des

fêtes à Minerve, en commémoration du jour où le prétendu complot

d'Agrippine avait été prévenu, et le jour de la naissance d'Agrippine

fut mis au nombre des jours néfastes.»

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 104 / 208 题