«Helvidius Priscus était né à Terracine.
«Jeune, il avait appliqué son esprit supérieur aux plus hautes études,
non, comme le plus grand nombre, pour parer une molle oisiveté d'une
réputation éclatante, mais pour se dévouer à la république avec une
âme affermie contre toutes les vicissitudes du sort.
«Il avait choisi pour maîtres de philosophie ces sages qui estiment
que le seul bien est l'honnête, le seul mal le vice, et qui ne
comptent la noblesse, la puissance, et tout ce qui est en dehors de
l'âme, ni parmi les vrais biens, ni parmi les vrais maux.
«Choisi pour gendre par Thraséa, de toutes les vertus de son
beau-père, il n'en rechercha aucune autant que l'amour de la liberté.
«Citoyen, sénateur, époux, gendre, ami, il était égal à tous les
devoirs de la vie, dédaigneux des richesses, passionné pour la
justice, inaccessible à la crainte.
«Quelques-uns lui reprochaient d'être trop avide de gloire, dernière
faiblesse, en effet, dont les plus sages se dépouillent après toutes
les autres.
«Exilé avec son beau-père, il était rentré à Rome sous Galba, pour y
défendre Thraséa.
«La délibération du sénat sur le parti à prendre après la mort de
Vitellius le rappelle à la tribune. Il voulait qu'au lieu de tirer au
sort les députés qu'on enverrait à Vespasien pour lui décerner
l'empire, on lui envoyât des députés choisis au mérite et aux
opinions, parmi les hommes les plus vertueux du sénat, afin,
disait-il, que ce choix indiquât à ce prince ceux qu'il devait
estimer, ceux qu'il devait éloigner, car, ajoutait-il, il n'y a pas
de meilleurs instruments d'un bon gouvernement que des hommes de
bien.»