«Le 15 des calendes de janvier, à la nouvelle de la défection des
légions et des cohortes à Narni, Vitellius sort de son palais, vêtu de
deuil et entouré de sa famille éplorée; on portait près de lui, dans
une petite litière, son fils en bas âge comme dans une pompe funèbre.
Les paroles du peuple, à l'aspect de ce cortége, étaient
décourageantes et intempestives; les soldats restaient dans un silence
menaçant.
«Nul cependant n'était assez insensible aux vicissitudes des choses
humaines pour ne pas s'émouvoir à ce spectacle. Le souverain des
Romains, si peu de temps auparavant, le maître de l'univers,
abandonnant le siége de sa puissance, sortait de l'empire, à travers
son peuple, au milieu de sa capitale.
«Jamais on n'avait rien contemplé, jamais rien entendu de comparable.
«Une conjuration soudaine avait assailli le dictateur Jules César; des
embûches cachées avaient fait trébucher Caligula; les ténèbres de la
nuit et une maison de campagne obscure avaient abrité la fuite de
Néron; Pison et Galba étaient tombés comme sur un champ de bataille;
Vitellius, au contraire dans une assemblée publique, au milieu de ses
propres soldats, en présence même des femmes, parla en termes brefs et
convenables à la tristesse présente de sa situation.»