«On hâta ses funérailles; il l'avait recommandé avec instance, de peur
que sa tête coupée ne devînt le jouet des vainqueurs.
«Les cohortes prétoriennes portèrent son corps avec des éloges et des
larmes, baisant à l'envi sa blessure et ses mains. Quelques-uns des
soldats se tuèrent sur son bûcher; ce ne fut ni par crainte, ni par
remords, mais par une certaine émulation d'honneur et d'attachement à
leur empereur.
«Ce genre de mort fut imité ensuite par d'autres soldats de ses
troupes à Bédriac, à Plaisance, et dans d'autres camps.
«On lui éleva un tombeau modeste, pour qu'il fût durable.»
Quelle vertu, non, jamais assez contemplée par l'histoire!
X
Rome et le sénat préviennent par leurs versatilités les voeux de
Vitellius. Il est salué empereur; on relève, pour lui complaire, les
statues de Néron. La Syrie et la Judée le reconnaissent.
«Cependant, dit Tacite, il tressaillait au nom de Vespasien, qui était
déjà dans les vagues rumeurs du peuple. Rassuré un moment sur les
dispositions de ce général, ajoute Tacite, Vitellius et son armée, se
croyant sans compétiteur, se vautraient à Rome dans tous les excès de
cruauté, de pillage et de débauche dont ils avaient rapporté
l'habitude de leur long séjour chez les barbares.»