«Il employait, pour les résoudre à vivre, l'autorité sur les jeunes
gens, les supplications avec les vieillards; serein de visage,
intrépide d'accent, se refusant les larmes intempestives.
«Il faisait fournir des barques et des canots à ceux qui voulaient
fuir; il anéantissait les lettres et les notes qui auraient pu servir
de témoignage du zèle qu'on avait montré pour lui, des injures qu'on
avait proférées contre Vitellius; il distribuait des gratifications
avec mesure, et nullement comme un homme qui n'a rien à ménager après
lui; ensuite il s'appliqua à consoler le fils de son frère, Salvius
Coccéianus, enfant en bas âge, qui tremblait et qui pleurait, louant
sa tendresse, gourmandant son effroi, l'assurant que le vainqueur ne
serait pas assez barbare pour refuser la grâce de ce neveu, à lui, qui
avait conservé à Rome toute la famille de Vitellius, et qui allait,
par la promptitude de sa propre mort, mériter la clémence de ce rival:
car ce n'était point, ajoutait-il, dans une extrémité désespérée, mais
à la tête d'une armée demandant à combattre, qu'il épargnait
volontairement à la république une calamité nouvelle; qu'il avait
assez de renommée pour lui-même, assez d'illustration pour ses
descendants; que le premier, après les Jules, les Claude, les Servius,
il avait porté l'empire dans une nouvelle famille; que son neveu
devait donc accepter la vie avec une noble assurance, sans oublier
jamais qu'Othon fut son oncle, et cependant sans trop s'en souvenir.»