PREMIÈRE PARTIE.

I

L'histoire est de tous les genres de littérature celui qui supporte le

plus la médiocrité de l'écrivain, d'abord parce que l'intérêt y est

dans le fait plus encore que dans le style: le fait ou le récit se

suffit, pour ainsi dire, à lui-même.

Ensuite, parce que les événements que l'histoire raconte ont par

eux-mêmes un attrait de curiosité, un intérêt, pour nous exprimer

autrement, qui empêche le lecteur de faire attention à l'insuffisance

ou à la médiocrité du style. La curiosité est très-indulgente, pourvu

que l'histoire soit racontée.

Aussi les bibliothèques sont-elles pleines d'histoires médiocres,

triviales, sans génie, sans philosophie, sans politique, sans couleur,

sans pathétique, sans moralité, écrites par des annalistes de tous les

pays; enregistreurs de dates, de nomenclatures, de faits, ils tiennent

la chronologie du monde, l'état civil des nations.

On les lit cependant: car, bien qu'ils ne fassent rien sentir et rien

juger, incapables qu'ils sont eux-mêmes de sentir et de juger, ils

font connaître. Ce sont les vieillards loquaces de la famille humaine

dont parle Homère; on s'attroupe autour d'eux pour les entendre

conter: mais pour eux, comme pour leurs lecteurs, l'histoire n'est

que de la chronique.

Cours familier de Littérature - Volume 12 · 第 27 / 208 题