DE L'EXISTENCE DES CHOSES MATÉRIELLES.

[1]«Car Dieu ne m'ayant donné aucune faculté pour connoître que cela

soit (à savoir que Dieu, par lui-même ou par l'entremise de quelque

créature plus noble que le corps, m'envoie les idées du corps), mais au

contraire, m'ayant donné une grande inclination à croire qu'elles me

sont envoyées ou qu'elles partent des choses corporelles, je ne vois

pas comment on pourroit l'excuser de tromperie, si en effet ces idées

partoient d'ailleurs ou m'étoient envoyées par d'autres causes que par

des choses corporelles; et partant il faut avouer qu'il y a des choses

corporelles qui existent.»

[Note 69: Voyez Méditation VI.]

C'est la commune opinion que les médecins ne pèchent point qui déçoivent

les malades pour leur propre santé, ni les pères qui trompent leurs

enfants pour leur propre bien; et que le mal de la tromperie ne consiste

pas dans la fausseté des paroles, mais dans la malice de celui qui

trompe. Que M. Descartes prenne donc garde si cette proposition, _Dieu

ne nous peut jamais tromper_, prise universellement, est vraie; car si

elle n'est pas vraie, ainsi universellement prise, cette conclusion

n'est pas bonne, _donc il y a des choses corporelles qui existent_.

Discours de la méthode · 第 83 / 93 题