[1]«Car, en effet, les idées qui me représentent des substances sont
sans doute quelque chose de plus et ont pour ainsi dire plus de réalité
objective que celles qui me représentent seulement des modes ou
accidents. Comme aussi celle par laquelle je conçois un Dieu souverain,
éternel, infini, tout-connoissant, tout-puissant, et créateur universel
de toutes les choses qui sont hors de lui, a aussi sans doute en soi
plus de réalité objective que celles par qui les substances finies me
sont représentées.»
[Note 63: Voyez Méditation III.]
J'ai déjà plusieurs fois remarqué ci-devant que nous n'avons aucune idée
de Dieu ni de l'âme; j'ajoute maintenant ni de la substance: car j'avoue
bien que la substance, en tant qu'elle est une matière capable de
recevoir divers accidents, et qui est sujette à leurs changements, est
aperçue et prouvée par le raisonnement; mais néanmoins elle n'est point
conçue, ou nous n'en avons aucune idée. Si cela est vrai, comment
peut-on dire que les idées qui nous représentent des substances sont
quelque chose de plus et ont plus de réalité objective que celles qui
nous représentent des accidents? De plus, il semble que M. Descartes
n'ait pas assez considéré ce qu'il veut dire par ces mots, _ont plus de
réalité_. La réalité reçoit-elle le plus et le moins? Ou, s'il pense
qu'une chose soit plus chose qu'une autre, qu'il considère comment il
est possible que cela puisse être rendu clair à l'esprit, et expliqué
avec toute la clarté et l'évidence qui est requise en une démonstration,
et avec laquelle il a plusieurs fois traité d'autres matières.