SUR LA TROISIÈME MÉDITATION

[1]Mais il y en a d'autres (à savoir d'autres pensées) qui contiennent

de plus d'autres formes: par exemple, lorsque je veux, que je crains,

que j'affirme, que je nie, je conçois bien à la vérité toujours quelque

chose comme le sujet de l'action de mon esprit, mais j'ajoute aussi

quelque autre chose par cette action à l'idée que j'ai de cette

chose-là; et de ce genre de pensées, les unes sont appelées volontés ou

affections, et les autres jugements.»

[Note 60: Voyez Méditation III.]

Lorsque quelqu'un veut ou craint, il a bien à la vérité l'image de la

chose qu'il craint et de l'action qu'il veut; mais qu'est-ce que celui

qui veut ou qui craint embrasse de plus par sa pensée, cela n'est pas

ici expliqué. Et, quoique à le bien prendre la crainte soit une pensée,

je ne vois pas comment elle peut être autre que la pensée ou l'idée de

la chose que l'on craint. Car qu'est-ce autre chose que la crainte d'un

lion qui s'avance vers nous, sinon l'idée de ce lion, et l'effet, qu'une

telle idée engendre dans le coeur, par lequel celui qui craint est porté

à ce mouvement animal que nous appelons fuite. Maintenant ce mouvement

de fuite n'est pas une pensée; et partant il reste que dans ta crainte

il n'y a point d'autre pensée que celle qui consiste en la ressemblance

de la chose que l'on craint: le même se peut dire aussi de la volonté.

De plus l'affirmation et la négation ne se font point sans parole et

sans noms, d'où vient que les bêtes ne peuvent rien affirmer ni nier,

non pas même par la pensée, et partant ne peuvent aussi faire aucun

jugement; et néanmoins la pensée peut être semblable dans un homme et

dans une bête. Car, quand nous affirmons qu'un homme court, nous n'avons

point d'autre pensée que celle qu'a un chien qui voit courir son maître,

et partant l'affirmation et la négation n'ajoutent rien aux simples

pensées, si ce n'est peut-être la pensée que les noms dont l'affirmation

est composée sont les noms de la chose même qui est en l'esprit de celui

qui affirme; et cela n'est rien autre chose que comprendre par la pensée

la ressemblance de la chose, mais cette ressemblance deux fois.

Discours de la méthode · 第 63 / 93 题