MESSIEURS,

C'est avec beaucoup de satisfaction que j'ai lu les observations que

vous avez faites sur mon petit traité de la première philosophie; car

elles m'ont fait connoître la bienveillance que vous avez pour moi,

votre piété envers Dieu, et le soin que vous prenez pour l'avancement de

sa gloire: et je ne puis que je ne me réjouisse non seulement de ce que

vous avez jugé mes raisons dignes de votre censure, mais aussi de ce que

vous n'avancez rien contre elles à quoi il ne me semble que je pourrai

répondre assez commodément.

En premier lieu, vous m'avertissez de me ressouvenir «que ce n'est pas

tout de bon et en vérité, mais seulement par une fiction d'esprit, que

j'ai rejeté les idées ou les fantômes des corps pour conclure que je

suis une chose qui pense, de peur que peut-être je n'estime qu'il suit

de là que je ne suis qu'une chose qui pense[1].» Mais j'ai déjà fait

voir, dans ma seconde Méditation, que je m'en étois assez souvenu, vu

que j'y ai mis ces paroles: «Mais aussi peut-il arriver que ces mêmes

choses que je suppose n'être point parce qu'elles me sont inconnues,

ne sont point en effet différentes de moi que je connois: je n'en sais

rien, je ne dispute pas maintenant de cela, etc.» Par lesquelles j'ai

voulu expressément avertir le lecteur, que je ne cherchois pas encore en

ce lieu-là si l'esprit étoit différent du corps, mais que j'examinois

seulement celles de ses propriétés dont je puis avoir une claire et

assurée connoissance. Et, d'autant que j'en ai là remarqué plusieurs, je

ne puis admettre sans distinction ce que vous ajoutez ensuite: «Que je

ne sais pas néanmoins ce que c'est qu'une chose qui pense.» Car, bien

que j'avoue que je ne savois pas encore si cette chose qui pense n'étoit

point différente du corps, ou si elle l'étoit, je n'avoue pas pour cela

que je ne la connoissois point; car qui a jamais tellement connu aucune

chose qu'il sût n'y avoir rien en elle que cela même qu'il connoissoit?

Mais nous pensons d'autant mieux connoître une chose qu'il y a plus de

particularités en elle que nous connoissons; ainsi nous avons plus de

connoissance de ceux avec qui nous conversons tous les jours que de ceux

dont nous ne connoissons que le nom ou le visage; et toutefois nous ne

jugeons pas que ceux-ci nous soient tout-à-fait inconnus; auquel sens je

pense avoir assez démontré que l'esprit, considéré sans les choses que

l'on a de coutume d'attribuer au corps, est plus connu que le corps

considéré sans l'esprit: et c'est tout ce que j'avois dessein de prouver

en cette seconde Méditation.

[Note 48: Voyez secondes objections.]

Mais je vois bien ce que vous voulez dire, c'est à savoir que, n'ayant

écrit que six méditations touchant la première philosophie, les lecteurs

s'étonneront que dans les deux premières je ne conclue rien autre chose

que ce que je viens de dire tout maintenant, et que pour cela ils les

trouveront trop stériles, et indignes d'avoir été mises en lumière. A

quoi je réponds seulement que je ne crains pas que ceux qui auront lu

avec jugement le reste de ce que j'ai écrit aient occasion de soupçonner

que la matière m'ait manqué; mais qu'il m'a semblé très raisonnable que

les choses qui demandent une particulière attention, et qui doivent

être considérées séparément d'avec les autres, fussent mises dans des

méditations séparées. C'est pourquoi, ne sachant rien de plus utile pour

parvenir à une ferme et assurée connoissance des choses que si, avant

de rien établir, on s'accoutume à douter de tout et principalement des

choses corporelles, encore que j'eusse vu il y a long-temps plusieurs

livres écrits par les sceptiques et académiciens touchant cette matière,

et que ce ne fût pas sans quelque dégoût que je ramâchois une viande si

commune, je n'ai pu toutefois me dispenser de lui donner une méditation

tout entière; et je voudrois que les lecteurs n'employassent pas

seulement le peu de temps qu'il faut pour la lire, mais quelques mois,

ou du moins quelques semaines, à considérer les choses dont elle traite

auparavant que de passer outre: car ainsi je ne doute point qu'ils ne

lissent bien mieux leur profit de la lecture du reste.

De plus, à cause que nous n'avons eu jusques ici aucunes idées des

choses qui appartiennent à l'esprit qui n'aient été très confuses et

mêlées avec les idées des choses sensibles, et que c'a été la première

et principale cause pourquoi on n'a pu entendre assez clairement aucune

des choses qui se sont dites de Dieu et de l'âme, j'ai pensé que je ne

ferois pas peu, si je montrois comment il faut distinguer les propriétés

ou qualités de l'esprit des propriétés ou qualités du corps, et comment

il les faut reconnoître; car, encore qu'il ait déjà été dit par

plusieurs que, pour bien concevoir les choses immatérielles ou

métaphysiques, il faut éloigner son esprit des sens, néanmoins personne,

que je sache, n'avoit encore montré par quel moyen cela se peut faire.

Or le vrai et à mon jugement l'unique moyen pour cela est contenu dans

ma seconde Méditation; mais il est tel que ce n'est pas assez de

l'avoir envisagé une fois, il le faut examiner souvent et le considérer

longtemps, afin que l'habitude de confondre les choses intellectuelles

avec les corporelles, qui s'est enracinée en nous pendant tout le cours

de notre vie, puisse être effacée par une habitude contraire de les

distinguer, acquise par l'exercice de quelques journées. Ce qui m'a

semblé une cause assez juste pour ne point traiter d'autre matière en la

seconde Méditation.

Vous demandez ici comment je démontre que le corps ne peut penser: mais

pardonnez-moi si je réponds que je n'ai pas encore donné lieu à cette

question, n'ayant commencé à en traiter que dans la sixième Méditation,

par ces paroles: «C'est assez, que je puisse clairement et distinctement

concevoir une chose sans une autre pour être certain que l'une est

distincte ou différente de l'autre, etc.» Et un peu après: «Encore que

j'aie un corps qui me soit fort étroitement conjoint, néanmoins, parce

que, d'un côté, j'ai une claire et distincte idée de moi-même en tant

que je suis seulement une chose qui pense et non étendue, et que d'un

autre j'ai une claire et distincte idée du corps en tant qu'il est

seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que

moi, c'est-à-dire mon esprit ou mon âme, par laquelle je suis ce que

je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et

qu'elle peut être ou exister sans lui.» A quoi il est aisé d'ajouter:

«Tout ce qui peut penser est esprit ou s'appelle esprit.» Mais, puisque

le corps et l'esprit sont réellement distincts, nul corps n'est esprit:

donc nul corps ne peut penser. Et certes je ne vois rien en cela que

vous puissiez nier; car nierez-vous qu'il suffit que nous concevions

clairement une chose sans une autre pour savoir qu'elles sont réellement

distinctes? Donnez-nous donc quelque signe, plus certain de la

distinction réelle, si toutefois on en peut donner aucun. Car que

direz-vous? Sera-ce que ces choses-là sont réellement distinctes,

chacune desquelles peut exister sans l'autre? Mais derechef je vous

demanderai d'où vous connoissez qu'une chose peut exister sans une

autre? Car, afin que ce soit un signe de distinction, il est nécessaire

qu'il soit connu. Peut-être direz-vous que les sens vous le font

connoître, parce que vous voyez une chose en l'absence de l'autre, ou

que vous la touchez, etc. Mais la foi des sens est plus incertaine que

celle de l'entendement; et il se peut faire en plusieurs façons qu'une

seule et même chose paroisse à nos sens sous diverses formes, ou en

plusieurs lieux ou manières, et qu'ainsi elle soit prise pour deux. Et

enfin, si vous vous ressouvenez de ce qui a été dit de la cire à là fin

de la seconde Méditation, vous saurez que les corps mêmes ne sont pas

proprement connus par les sens, mais par le seul entendement; en telle

sorte que sentir une chose sans une autre n'est rien autre chose sinon

avoir l'idée d'une chose, et savoir que cette idée n'est pas la même

que l'idée d'une autre: or cela ne peut être connu d'ailleurs que de ce

qu'une chose est conçue sans l'autre; et cela ne peut être certainement

connu si l'on n'a l'idée claire et distincte de ces deux choses: et

ainsi ce signe de réelle distinction doit être réduit au mien pour être

certain.

Que s'il y en a qui nient qu'ils aient des idées distinctes de l'esprit

et du corps, je ne puis autre chose que les prier de considérer

assez attentivement les choses qui sont contenues dans cette seconde

Méditation, et de remarquer que l'opinion qu'ils ont que les parties du

cerveau concourent avec l'esprit pour former nos pensées n'est fondée

sur aucune raison positive, mais seulement sur ce qu'ils n'ont jamais

expérimenté d'avoir été sans corps, et qu'assez souvent ils ont été

empêchés par lui dans leurs opérations; et c'est le même que si

quelqu'un, de ce que dès son enfance il auroit eu des fers aux pieds,

estimoit que ces fers fissent une partie de son corps, et qu'ils lui

fussent nécessaires pour marcher.

En second lieu, lorsque vous dites [1] «que nous trouvons de nous-mêmes

nu fondement suffisant «pour former l'idée le Dieu,» vous ne dites rien

de contraire à mon opinion; car j'ai dit moi-même; en termes exprès, à

la fin de la troisième Méditation, «que cette idée est née avec moi, et

qu'elle ne me vient point d'ailleurs que de moi-même. J'avoue aussi que

nous la pourrions former encore que nous ne sussions pas qu'il y a un

souverain être, mais non pas si en effet il n'y en avoit point; car au

contraire j'ai averti que toute la force de mon argument consiste en ce

qu'il ne se pourrait faire que la faculté de former cette idée fût en

moi, si je n'avois été créé de Dieu.»

[Note 49: Voyez secondes objections.]

Et ce que vous dites des mouches, des plantes, etc., ne prouve en aucune

façon que quelque degré de perfection peut être dans un effet qui n'ait

point été auparavant dans sa cause. Car, ou il est certain qu'il n'y a

point de perfection dans les animaux qui n'ont point de raison qui ne

se rencontre aussi dans les corps inanimés, ou, s'il y en a quelqu'une,

qu'elle leur vient d'ailleurs; et que le soleil, la pluie et la terre

ne sont point les causes totales de ces animaux. Et ce seroit une chose

fort éloignée de la raison si quelqu'un, de cela seul qu'il ne connoît

point de cause qui concoure à la génération d'une mouche et qui ait

autant de degrés de perfection qu'en a une mouche, n'étant pas cependant

assuré qu'il n'y en ait point d'autres que celles qu'il connoît, prenoit

de là occasion de douter d'une chose laquelle, comme je dirai tantôt

plus au long, est manifeste par la lumière naturelle.

A quoi j'ajoute que ce que vous objectez ici des mouches, étant tiré de

la considération des choses matérielles, ne peut venir on l'esprit de

ceux qui, suivant l'ordre de mes Méditations, détourneront leurs pensées

des choses sensibles pour commencer à philosopher.

Il ne me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant

que «l'idée de Dieu qui est en nous n'est qu'un être de raison.» Car

cela n'est pas vrai, si _par un être de raison_ l'on entend une

chose qui n'est point: mais seulement si toutes les opérations de

l'entendement sont prises pour des _êtres de raison_, c'est-à-dire pour

des êtres qui partent de la raison, auquel sens tout ce monde peut aussi

être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un

simple acte de l'entendement divin. Et j'ai déjà suffisamment averti en

plusieurs lieux que je parlois seulement de la perfection ou réalité

objective de cette idée de Dieu, laquelle ne requiert pas moins

une cause qui contienne en effet tout ce qui n'est contenu en elle

qu'objectivement ou par représentation, que fait l'artifice objectif ou

représenté, qui est en l'idée que quelque artisan a d'une machine fort

artificielle. Et certes je ne vois pas que l'on puisse rien ajouter pour

faire connoître plus clairement que cette idée ne peut être en nous si

un souverain être n'existe, si ce n'est que le lecteur, prenant garde

de plus près aux choses que j'ai déjà écrites, se délivre lui-même

des préjugés qui offusquent peut-être sa lumière naturelle, et

qu'il s'accoutume à donner créance aux premières notions, dont les

connaissances sont si vraies et si évidentes que rien ne le peut être

davantage, plutôt qu'à des opinions obscures et fausses, mais qu'un long

usage a profondément gravées en nos esprits. Car, qu'il n'y ait rien

dans un effet qui n'ait été d'une semblable ou plus excellente façon

dans sa cause, c'est une première notion, et si évidente qu'il n'y en a

point de plus claire: et cette autre commune notion, _que de rien rien

ne se fait_, la comprend en soi, parce que, si on accorde qu'il y ait

quelque chose dans l'effet qui n'ait point été dans sa cause, il faut

aussi demeurer d'accord que cela procède du néant; et s'il est évident

que le néant ne peut être la cause de quelque chose, c'est seulement

parce que dans cette cause il n'y auroit pas la même chose que dans

l'effet. C'est aussi une première notion, que toute la réalité, ou toute

la perfection, qui n'est qu'objectivement dans les idées, doit être

formellement ou éminemment dans leurs causes; et toute l'opinion que

nous avons jamais eue de l'existence des choses qui sont hors de notre

esprit, n'est appuyée que sur elle seule. Car d'où nous a pu venir le

soupçon qu'elles existoient, sinon de cela seul que leurs idées venoient

par les sens frapper notre esprit? Or, qu'il y ait en nous quelque idée

d'un être souverainement puissant et parfait, et aussi que la réalité

objective de cette idée ne se trouve point en nous, ni formellement,

ni éminemment, cela deviendra manifeste à ceux qui y penseront

sérieusement, et qui voudront avec moi prendre la peine d'y méditer;

mais je ne le saurais pas mettre par force en l'esprit de ceux qui ne

liront mes Méditations que comme un roman, pour se désennuyer, et sans

y avoir grande attention. Or de tout cela on conclut très manifestement

que Dieu existe. Et toutefois, en faveur de ceux dont la lumière

naturelle est si foible qu'ils ne voient pas que c'est une première

notion, que toute la perfection qui est objectivement dans une idée doit

être réellement dans quelqu'une de ses causes, je l'ai encore démontré

d'une façon plus aisée à concevoir, en montrant que l'esprit qui a cette

idée ne peut pas exister par soi-même; et partant je ne vois pas ce que

vous pourriez désirer de plus pour donner des mains, ainsi que vous avez

promis.

Je ne vois pas aussi que vous prouviez rien contre moi, en disant que

j'ai peut-être reçu l'idée qui me représente Dieu, des pensées que j'ai

eues auparavant des enseignements des livres, des discours et entretiens

de mes amis, etc., et non pas de mon esprit seul. Car mon argument aura

toujours la même force, si, m'adressant à ceux de qui l'on dit que

je l'ai reçue, je leur demande s'ils l'ont par eux-mêmes on bien par

autrui, au lieu de le demander de moi-même; et je conclurai toujours que

celui-là est Dieu, de qui elle est premièrement dérivée.

Quant à ce que vous ajoutez eu ce lieu-là, qu'elle peut être formée de

la considération des choses corporelles, cela ne me semble pas plus

vraisemblable que si vous disiez que nous n'avons aucune faculté pour

ouïr, mais que, par la seule vue des couleurs, nous parvenons à la

connoissance des sons. Car on peut dire qu'il y a plus d'analogie ou de

rapport entre les couleurs et les sons, qu'entre les choses corporelles

et Dieu. Et lorsque vous demandez que j'ajoute quelque chose qui nous

élève jusqu'à la connoissance de l'être immatériel ou spirituel, je ne

puis mieux faire que de vous renvoyer à ma seconde Méditation, afin

qu'au moins vous connoissiez qu'elle n'est pas tout-à-fait inutile; car

que pourrois-je faire ici par une ou deux périodes, si je n'ai pu rien

avancer par un long discours préparé seulement pour ce sujet, et auquel

il me semble n'avoir pas moins apporté d'industrie qu'en aucun autre

écrit que j'aie publié. Et, encore qu'en cette Méditation j'aie

seulement traité de l'esprit humain, elle n'est pas pour cela moins

utile à faire connoître la différence qui est entre la nature divine et

celle des choses matérielles. Car je veux bien ici avouer franchement

que l'idée que nous avons, par exemple, de l'entendement divin ne

me semble point différer de celle que nous avons de notre propre

entendement, sinon seulement comme l'idée d'un nombre infini diffère de

l'idée du nombre binaire ou du ternaire; et il en est de même de tous

les attributs de Dieu, dont nous reconnoissons en nous quelque vestige.

Mais, outre cela, nous concevons en Dieu une immensité, simplicité on

unité absolue, qui embrasse et contient tous ses autres attributs, et

de laquelle nous ne trouvons ni en nous ni ailleurs aucun exemple; mais

elle est, ainsi que j'ai dit auparavant, _comme la marque de l'ouvrier

imprimée sur son ouvrage_. Et, par son moyen, nous connoissons qu'aucune

des choses que nous concevons être en Dieu et en nous, et que nous

considérons en lui par parties, et comme si elles étoient distinctes, à

cause de la faiblesse de notre entendement et que nous les expérimentons

telles en nous, ne conviennent point à Dieu et à nous, en la façon qu'on

nomme univoque dans les écoles; comme aussi nous connoissons que de

plusieurs choses particulières qui n'ont point de fin, dont nous avons

les idées, comme d'une connoissance sans fin, d'une puissance, d'un

nombre, d'une longueur, etc., qui sont aussi sans fin, il y en a

quelques unes qui sont contenues formellement dans l'idée que nous avons

de Dieu, comme la connoissance et la puissance, et d'autres qui n'y sont

qu'éminemment, comme le nombre et la longueur; ce qui certes ne seroit

pas ainsi, si cette idée n'étoit rien autre chose en nous qu'une

fiction.

Et elle ne seroit pas aussi conçue si exactement de la même façon de

tout le monde: car c'est une chose très remarquable, que tous les

métaphysiciens s'accordent unanimement dans la description qu'ils font

des attributs de Dieu, au moins de ceux qui peuvent être connus par la

seule raison humaine, en telle sorte qu'il n'y a aucune chose physique

ni sensible, aucune chose dont nous ayons une idée si expresse et si

palpable, touchant la nature de laquelle il ne se rencontre chez

les philosophes une plus grande diversité d'opinions, qu'il ne s'en

rencontre touchant celle de Dieu.

Et certes jamais les hommes ne pourroient s'éloigner de la vraie

connoissance de cette nature divine, s'ils vouloient seulement porter

leur attention sur l'idée qu'ils ont de l'être souverainement parfait.

Mais ceux qui mêlent quelques autres idées avec celle-là composent par

ce moyen un dieu chimérique, en la nature duquel il y a des choses qui

se contrarient; et, après l'avoir ainsi composé, ce n'est pas merveille

s'ils nient qu'un tel dieu, qui leur est représenté par une fausse idée,

existe. Ainsi, lorsque vous parlez ici d'un être corporel très parfait,

si vous prenez le nom de très parfait absolument, en sorte que vous

entendiez que le corps est un être dans lequel toutes les perfections se

rencontrent, vous dites des choses qui se contrarient, d'autant que la

nature du corps enferme plusieurs imperfections; par exemple, que le

corps soit divisible en parties, que chacune de ses parties ne soit pas

l'autre, et autres semblables: car c'est une chose de soi manifeste, que

c'est une plus grande perfection de ne pouvoir être divisé, que de le

pouvoir être, etc.; que si vous entendez seulement ce qui est très

parfait dans le genre de corps, cela n'est point le vrai Dieu.

Ce que vous ajoutez de l'idée d'un ange, laquelle est plus parfaite que

nous, à savoir qu'il n'est pas besoin qu'elle ait été mise en nous par

un ange, j'en demeure aisément d'accord; car j'ai déjà dit moi-même,

dans la troisième Méditation, «qu'elle peut être composée des idées que

nous avons de Dieu, et de l'homme.» Et cela ne m'est en aucune façon

contraire.

Quant à ceux qui nient d'avoir en eux l'idée de Dieu, et qui au lieu

d'elle forgent quelque idole, etc.. ceux-là, dis-je, nient le nom et

accordent la chose: car certainement je ne pense pas que cette idée soit

de même nature que les images des choses matérielles dépeintes en la

fantaisie; mais, au contraire, je crois qu'elle ne peut être conçue que

par l'entendement seul, et qu'en effet elle n'est que cela même que nous

apercevons par son moyen, soit lorsqu'il conçoit, soit lorsqu'il juge,

soit lorsqu'il raisonne. Et je prétends maintenir que de cela seul que

quelque perfection qui est au-dessus de moi devient l'objet de mon

entendement, en quelque façon que ce soit qu'elle se présente à lui; par

exemple, de cela seul que j'aperçois que je ne puis jamais, en nombrant,

arriver au plus grand de tous les nombres, et que de là je connois qu'il

y a quelque chose en matière de nombrer qui surpasse mes forces, je puis

conclure nécessairement, non pas à la vérité qu'un nombre infini existe,

ni aussi que son existence implique contradiction, comme vous dites,

mais que cette puissance que j'ai de comprendre qu'il y a toujours

quelque chose de plus à concevoir dans le plus grand des nombres, que je

ne puis jamais concevoir, ne me vient pas de moi-même, et que je l'ai

reçue de quelque autre être qui est plus parfait que je ne suis.

Et il importe fort peu qu'on donne le nom d'idée à ce concept d'un

nombre indéfini, ou qu'on ne lui donne pas. Mais, pour entendre quel

est cet être plus parfait que je ne suis, et si ce n'est point ce même

nombre dont je ne puis trouver la fin, qui est réellement existant et

infini, on bien si c'est quelque autre chose, il faut considérer toutes

les autres perfections, lesquelles, outre la puissance de me donner

cette idée peuvent être en la même chose en qui est cette puissance; et

ainsi on trouvera que cette chose est Dieu.

Enfin, lorsque Dieu est dit être _inconcevable_, cela s'entend d'une

pleine et entière conception, qui comprenne et embrasse parfaitement

tout ce qui est en lui, et non pas de cette médiocre et imparfaite qui

est en nous, laquelle néanmoins suffit pour connoître qu'il existe.

Et vous ne prouvez rien contre moi en disant que l'idée de l'unité de

toutes les perfections qui sont eu Dieu est formée de la même façon que

l'unité générique et celle des autres universaux. Mais néanmoins elle

en est fort différente; car elle dénote une particulière et positive

perfection en Dieu, au lieu que l'unité générique n'ajoute rien de réel

à la nature de chaque individu.

En troisième lieu, où j'ai dit que nous ne pouvons rien savoir

certainement, si nous ne connoissons premièrement que Dieu existe:

j'ai dit en termes exprès que je ne parlois que de la science de ces

conclusions, «dont la mémoire nous peut revenir eu l'esprit lorsque

nous ne pensons plus aux raisons d'où nous les avons tirées.» Car la

connoissance des premiers principes ou axiomes n'a pas accoutumé d'être

appelée science par les dialecticiens. Mais quand nous apercevons que

nous sommes des choses qui pensent, c'est une première notion qui n'est

tirée d'aucun syllogisme: et lorsque quelqu'un dit, _Je pense, donc je

suis_, ou _j'existe_, il ne conclut pas son existence de sa pensée comme

par la force de quelque syllogisme, mais comme une chose connue de soi;

il la voit par une simple inspection de l'esprit: comme il paroît de ce

que s'il la déduisoit d'un syllogisme, il auroit dû auparavant connoître

cette majeure, _Tout ce qui pense est_, ou _existe_: mais au contraire

elle lui est enseignée de ce qu'il sent en lui-même qu'il ne se peut pas

faire qu'il pense, s'il n'existe. Car c'est le propre de notre

esprit, de former les propositions générales de la connoissance des

particulières.

Or, qu'un athée[1] puisse connoître clairement que les trois angles d'un

triangle sont égaux à deux droits, je ne le nie pas; mais je maintiens

seulement que la connoissance qu'il en a n'est pas une vraie science,

parce que toute connoissance qui peut être rendue douteuse ne doit pas

être appelée du nom de science; et puisque l'on suppose que celui-là

est un athée, il ne peut pas être certain de n'être point déçu dans les

choses qui lui semblent être très évidentes, comme il a déjà été montré

ci-devant; et encore que peut-être ce doute ne lui vienne point en la

pensée, il lui peut néanmoins venir s'il l'examine, ou s'il lui est

proposé par un autre: et jamais il ne sera hors du danger de l'avoir, si

premièrement il ne reconnoît un Dieu.

[Note 50: Voyez secondes objections.]

Et il n'importe pas que peut-être il estime qu'il a des démonstrations

pour prouver qu'il n'y a point de Dieu; car ces démonstrations

prétendues étant fausses, on lui en petit toujours faire connoître la

fausseté, et alors on le fera changer d'opinion. Ce qui à la vérité ne

sera pas difficile, si pour toutes raisons il apporte seulement celles

que vous alléguez ici, c'est à savoir _que l'infini en tout genre de

perfection exclue toute autre sorte d'être, etc._

Car, premièrement, si ou lui demande d'où il a pris que cette exclusion

de tous les autres êtres appartient à la nature de l'infini, il n'aura

rien qu'il puisse; répondre pertinemment: d'autant que, par le nom

d'infini, on n'a pas coutume d'entendre ce qui exclut l'existence des

choses finies, et qu'il ne peut rien savoir de la nature d'une chose

qu'il pense n'être rien du tout, et par conséquent n'avoir point

de nature, sinon ce qui est contenu dans la seule et ordinaire

signification du nom de cette chose.

Du plus, à quoi serviroit l'infinie puissance de cet infini imaginaire,

s'il ne pouvait jamais rien créer? et enfin de ce que nous expérimentons

avoir en nous-mêmes quelque puissance de penser, nous concevons

facilement qu'une telle puissance peut être en quelque autre, et même

plus grande qu'en nous: mais encore que nous pensions que celle-là

s'augmente à l'infini, nous ne craindrons pas pour cela que la nôtre

devienne moindre. Il en est de même de tous les autres attributs de

Dieu, même de la puissance de produire quelques effets hors de soi,

pourvu que nous supposions qu'il n'y en a point en nous qui ne soit

soumise à la volonté de Dieu; et partant il peut être conçu tout-à-fait

infini sans aucune exclusion des choses créées.

En quatrième lieu, lorsque je dis que Dieu ne peut mentir ni être

trompeur, je pense convenir avec tous les théologiens qui ont jamais

été, et qui seront à l'avenir. Et tout ce que vous alléguez[1] au

contraire n'a pas plus de force que si, ayant nié que Dieu se mît

en colère, ou qu'il fût sujet aux autres passions de l'âme, vous

m'objectiez les lieux de l'Écriture où il semble que quelques passions

humaines lui sont attribuées. Car tout le monde connoit assez la

distinction qui est entre ces façons de parler de Dieu, dont l'Écriture

se sert ordinairement, qui sont accommodées à la capacité du vulgaire,

et qui contiennent bien quelque vérité, mais seulement on tant qu'elle

est rapportée aux hommes; et celles qui expriment une vérité plus simple

et plus pure, et qui ne change point de nature, encore qu'elle ne leur

soit point rapportée; desquelles chacun doit user en philosophant, et

dont j'ai dû principalement me servir dans mes Méditations, vu qu'en ce

lieu-là même je ne supposais pas encore qu'aucun homme me fût connu, et

que je ne me considérois pas non plus en tant que composé de corps et

d'esprit, mais comme un esprit seulement. D'où il est évident que

je n'ai point parlé en ce lieu-là du mensonge qui s'exprime par des

paroles, mais seulement de la malice interne et formelle qui se

rencontre dans la tromperie, quoique néanmoins ces paroles que vous

apportez du prophète, _Encore quarante jours, et Ninive sera subvertie_,

ne soient pas même un mensonge verbal, mais une simple menace, dont

l'événement dépendoit d'une condition; et lorsqu'il est dit _que Dieu a

endurci le coeur de Pharaon_, ou quelque chose de semblable, il ne

faut pas penser qu'il ait fait cela positivement, mais seulement

négativement, à savoir, ne donnant pas à Pharaon une grâce efficace pour

se convertir.

[Note 51: Voyez secondes objections.]

Je ne voudrais pas néanmoins condamner ceux qui disent que Dieu peut

proférer par ses prophètes quelque mensonge verbal, tels que sont ceux

dont se servent les médecins quand ils déçoivent leurs malades pour les

guérir, c'est-à-dire qui fût exempt de toute la malice qui se rencontre

ordinairement dans lu tromper: mais, bien davantage, nous voyons

quelquefois que nous sommes réellement trompés par cet instinct naturel

qui nous a été donné de Dieu, comme lorsqu'un hydropique a soif; car

alors il est réellement poussé à boire par la nature qui lui a été

donnée de Dieu pour la conservation de snu corps, quoique néanmoins

cette nature le trompe, puisque le boire lui doit être nuisible: mais

j'ai expliqué, dans la sixième Méditation, comment cela peut compatir

avec la bonté et la vérité de Dieu. Mais dans les choses qui ne peuvent

pas être ainsi expliquées, à savoir, dans nos jugements très clairs et

très exacts, lesquels s'ils étoient faux ne pourroient être corrigés par

d'autres plus clairs, ni par l'aide d'aucune autre faculté naturelle, je

soutiens hardiment que nous ne pouvons être trompés. Car Dieu étant le

souverain être, il est aussi nécessairement le souverain bien et lu

souveraine vérité, et partant il répugne que quelque chose vienne de lui

qui tende positivement à la fausseté. Mais puis-qu'il ne peut y avoir

en nous rien de réel qui ne nous ait été donné par lui, comme il a été

démontré en prouvant son existence, et puisque nous avons en nous une

faculté réelle pour, connoître le vrai et le distinguer d'avec le faux,

comme on le peut prouver de cela seul que nous avons eu nous les idées

du vrai et du faux, si cette faculté ne tendoit au vrai, au moins

lorsque nous nous en servons comme il faut, c'est-à-dire lorsque nous ne

donnons notre consentement qu'aux choses que nous concevons clairement

et distinctement, car on ne sauroit feindre un autre bon usage de cette

faculté, ce ne seroit pas sans raison que Dieu, qui nous l'a donnée,

seroit tenu pour un trompeur.

Et ainsi vous voyez qu'après avoir connu que Dieu existe, il est

nécessaire de feindre qu'il soit trompeur, si nous voulons révoquer en

doute les choses que nous concevons clairement et distinctement; et

parce que cela ne se peut pas même feindre, il faut nécessairement

admettre ces choses comme très vraies et très assurées. Mais d'autant

que je remarque ici que vous vous arrêtez encore aux doutes que j'ai

proposés dans ma première Méditation, et que je pensois avoir levés

assez exactement dans les suivantes, j'expliquerai ici derechef le

fondement sur lequel il me semble que toute la certitude humaine peut

être appuyée.

Premièrement, aussitôt que nous pensons concevoir clairement quelque

vérité, nous sommes naturellement portés à la croire. Et si cette

croyance est si ferme que nous ne puissions jamais avoir aucune raison

de douter de ce que nous croyons de la sorte, il n'y a rien à rechercher

davantage, nous avons touchant cela toute la certitude qui se peut

raisonnablement souhaiter. Car que nous importe si peut--être quelqu'un

feint que cela même de la vérité duquel nous sommes si fortement

persuadés paroit faux aux yeux de Dieu ou des anges, et que partant,

absolument parlant, il est faux; qu'avons-nous à faire de nous mettre

en peine de cette fausseté absolue, puisque nous ne la croyons point

du tout, et que nous n'en avons pas même le moindre soupçon? Car nous

supposons une croyance ou une persuasion si ferme qu'elle ne puisse être

ébranlée; laquelle par conséquent est en tout la même chose qu'une très

parfaite certitude. Mais on peut bien douter si l'on a quelque certitude

de cette nature, ou quelque persuasion qui soit ferme et immuable.

Et certes, il est manifeste qu'on n'en peut pas avoir des choses

obscures et confuses, pour peu d'obscurité ou de confusion que nous y

remarquions; car cette obscurité, quelle qu'elle soit, est une cause

assez suffisante pour nous faire douter de ces choses. On n'en peut pas

aussi avoir des choses qui ne sont aperçues que par les sens, quelque

clarté qu'il y ait en leur perception, parce que nous avons souvent

remarqué que dans le sens il peut y avoir de l'erreur, comme lorsqu'un

hydropique a soif ou que la neige paroit jaune à celui qui a la

jaunisse: car celui-là ne la voit pas moins clairement et distinctement

de la sorte que nous, à qui elle paroît blanche; il reste donc que, si

on en peut avoir, ce soit seulement des choses que l'esprit conçoit

clairement et distinctement.

Or entre ces choses il y en a de si claires et tout ensemble de si

simples, qu'il nous est impossible de penser à elles que nous ne les

croyions être vraies; par exemple, que j'existe lorsque je pense, que

les choses qui ont une fois été faites ne peuvent n'avoir point été

faites, et autres choses semblables, dont il est manifeste que nous

avons une parfaite certitude. Car nous ne pouvons pas douter de ces

choses-là sans penser à elles, mais nous n'y pouvons jamais penser sans

croire qu'elles sont vraies, comme je viens de dire; donc, nous n'en

pouvons douter que nous ne les croyions être vraies, c'est-à-dire que

nous n'en pouvons jamais douter.

Et il ne sert de rien de dire[1] «que nous avons souvent »expérimenté

que des personnes se sont trompées »en des choses qu'elles pensoient

voir plus clairement que le soleil;» car nous n'avons jamais vu, ni nous

ni personne, que cela soit arrivé à ceux qui ont tiré toute la clarté de

leur perception de l'entendement seul, mais bien à ceux qui l'ont prise

des sens ou de quelque faux préjugé. Il ne sert aussi de rien de vouloir

feindre que peut-être ces choses semblent fausses à Dieu ou aux anges;

parce que l'évidence de notre perception ne nous permettra jamais

d'écouter celui qui le voudroit feindre et qui nous le voudroit

persuader.

[Note 52: Voyez secondes objections.]

Il y a d'autres choses que notre entendement conçoit aussi fort

clairement lorsque nous prenons garde de près aux raisons d'où dépend

leur connoissance, et pour ce nous ne pouvons pas alors en douter;

mais, parce que nous pouvons oublier ces raisons, et cependant nous

ressouvenir des conclusions qui en ont été tirées, on demande si on peut

avoir une ferme et immuable persuasion de ces conclusions, taudis que

nous nous ressouvenons qu'elles ont été déduites de principes très

évidents; car ce souvenir doit être supposé pour pouvoir être appelées

des conclusions. Et je réponds que ceux-là en peuvent avoir qui

connoissent tellement Dieu, qu'ils savent qu'il ne se peut pas faire que

la faculté d'entendre, qui leur a été donnée par lui, ait autre chose

que la vérité pour objet; mais que les autres n'en ont point: et cela a

été si clairement expliqué à la fin de la cinquième Méditation, que je

ne pense pas y devoir ici rien ajouter.

En cinquième lieu, je m'étonne que vous niiez [1] que la volonté se met

en danger de faillir lorsqu'elle poursuit et embrasse les connoissances

obscures et confuses de l'entendement; car qu'est-ce qui la peut rendre

certaine si ce qu'elle suit n'est pas clairement connu? Et quel a jamais

été le philosophe, ou le théologien, ou bien seulement l'homme usant

de raison, qui n'ait confessé que le danger de faillir où nous nous

exposons est d'autant moindre que plus claire est la chose que nous

concevons auparavant que d'y donner notre consentement; et que ceux-là

pèchent qui, sans connoissance de cause, portent quelque jugement? Or

nulle conception n'est dite obscure ou confuse, sinon parce qu'il y a en

elle quelque chose de contenu qui n'est pas connu.

[Note 53: Voyez secondes objections.]

Et partant, ce que vous objectez touchant la foi qu'on doit embrasser

n'a pas plus de force contre moi que contre tous ceux qui ont jamais

cultivé la raison humaine, et, à vrai dire, elle n'en a aucune contre

pas un. Car, encore qu'on dise que la foi a pour objet des choses

obscures, néanmoins ce pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais

il est plus clair qu'aucune lumière naturelle. D'autant qu'il faut

distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre

créance, et la raison formelle qui meut notre volonté à la donner. Car

c'est dans cette seule raison formelle; que nous voulons qu'il y ait de

la clarté et de l'évidence. Et, quant à la matière, personne n'a jamais

nié qu'elle peut être obscure, voire l'obscurité même; car, quand je

juge que l'obscurité doit être ôtée de nos pensées pour leur pouvoir

donner notre consentement sans aucun danger de faillir, c'est

l'obscurité même qui me sert de matière pour former un jugement clair et

distinct.

Outre cela, il faut remarquer que la clarté ou l'évidence par laquelle

notre volonté peut être excitée à croire est de deux sortes: l'une qui

part de la lumière naturelle, et l'autre qui vient de la grâce divine.

Or, quoiqu'on die ordinairement que la foi est des choses obscures,

toutefois cela s'entend seulement de sa matière, et non point de la

raison formelle pour laquelle nous croyons; car, au contraire, cette

raison formelle consiste en une certaine lumière intérieure, de laquelle

Dieu nous ayant surnaturellement éclairés, nous avons une confiance

certaine que les choses qui nous sont proposées à croire ont été

révélées par lui, et qu'il est entièrement impossible qu'il soit menteur

et qu'il nous trompe; ce qui est plus assuré que toute autre lumière

naturelle, et souvent même plus évident à cause de la lumière de

la grâce. Et certes les Turcs et les autres infidèles, lorsqu'ils

n'embrassent point la religion chrétienne, ne pèchent pas pour ne

vouloir point ajouter foi aux choses obscures comme étant obscures; mais

ils pèchent, ou de ce qu'ils résistent à la grâce divine qui les avertit

intérieurement, ou que, péchant en d'autres choses, ils se rendent

indignes de cette grâce. Et je dirai hardiment qu'un infidèle, qui,

destitué de toute grâce surnaturelle et ignorant tout-à-fait que les

choses que nous autres chrétiens croyons ont été révélées de Dieu,

néanmoins, attiré par quelques faux raisonnements, se porteroit à croire

ces mêmes choses qui lui seroient obscures, ne seroit pas pour cela

fidèle, mais plutôt qu'il pécheroit en ce qu'il ne se serviroit pas

comme il faut de sa raison.

Et je ne pense pas que jamais aucun théologien orthodoxe ait eu d'autres

sentiments touchant cela; et ceux aussi qui liront mes Méditations

n'auront pas sujet de croire que je n'aie point connu cette lumière

surnaturelle, puisque, dans la quatrième, où j'ai soigneusement

recherché la cause de l'erreur ou fausseté, j'ai dit, en paroles

expresses, «qu'elle dispose l'intérieur de notre pensée à vouloir, et

que néanmoins elle ne diminue point la liberté.»

Au reste, je vous prie ici de vous souvenir que, touchant les choses que

la volonté peut embrasser, j'ai toujours mis une très grande distinction

entre l'usage de la vie et la contemplation de la vérité. Car, pour ce

qui regarde l'usage de la vie, tant s'en faut que je pense qu'il ne

faille suivre que les choses que nous connoissons très clairement, qu'au

contraire je tiens qu'il ne faut pas même toujours attendre les plus

vraisemblables, mais qu'il faut quelquefois, entre plusieurs choses

tout-à-fait inconnues et incertaines, en choisir une et s'y déterminer,

et après cela s'y arrêter aussi fermement, tant que nous ne voyons point

de raisons au contraire, que si nous l'avions choisie pour des raisons

certaines et très évidentes, ainsi que j'ai déjà expliqué dans le

discours de la Méthode. Mais où il ne s'agit que de la contemplation

de la vérité, qui a jamais nié qu'il faille suspendre son jugement à

l'égard des choses obscures, et qui ne sont pas assez distinctement

connues? Or, que cette seule contemplation de la vérité soit le seul but

de mes Méditations, outre que cela se reconnoît assez clairement par

elles-mêmes, je l'ai de plus déclaré en paroles expresses sur la fin

de la première, en disant «que je ne pouvois pour lors user de trop de

défiance, d'autant que je ne m'appliquois pas aux choses qui regardent

l'usage de la vie, mais seulement à la recherche de la vérité.»

En sixième lieu, où vous reprenez[1] la conclusion d'un syllogisme que

j'avois mis en forme, il semble que vous péchiez vous-mêmes en la forme;

car, pour conclure ce que vous voulez, la majeure devoit être telle, «ce

que clairement et distinctement nous concevons appartenir à la nature de

quelque chose, cela peut être dit ou affirmé avec «vérité appartenir à

la nature de cette chose.» Et ainsi elle ne contiendroit rien qu'une

inutile et superflue répétition. Mais la majeure de mon argument a été

telle: «Ce que clairement et distinctement «nous concevons appartenir à

la nature de quelque «chose, cela peut être dit ou affirmé avec vérité

de «cette chose.» C'est-à-dire, si être animal appartient à l'essence ou

à la nature de l'homme, on peut assurer que l'homme est animal; si avoir

les trois angles égaux à deux droits appartient à la nature du triangle

rectiligne, on peut assurer que le triangle rectiligne a ses trois

angles égaux à deux droits; si exister appartient à la nature de Dieu,

on peut assurer que Dieu existe, etc. Et la mineure a été telle: «Or

est-il qu'il appartient à la nature de «Dieu d'exister.» D'où il est

évident qu'il faut conclure comme j'ai fait, c'est à savoir, «Donc on

«peut avec vérité assurer de Dieu qu'il existe;» et non pas comme vous

voulez, «Donc nous pouvons «assurer avec vérité qu'il appartient à la

nature de »Dieu d'exister.» Et partant, pour user de l'exception que

vous apportez ensuite, il vous eût fallu nier la majeure, et dire que ce

que nous concevons clairement et distinctement appartenir à la nature de

quelque chose ne peut pas pour cela être dit ou affirmé de cette chose,

si ce n'est que sa nature soit possible ou ne répugne point. Mais voyez,

je vous prie, la faiblesse de cette exception. Car, ou bien par ce mot

de _possible_ vous entendez, comme l'on fait d'ordinaire, tout ce qui ne

répugne point à la pensée humaine, auquel sens il est manifeste que la

nature de Dieu, de la façon que je l'ai décrite, est possible, parce que

je n'ai rien supposé en elle, sinon ce que nous concevons clairement et

distinctement lui devoir appartenir, et ainsi je n'ai rien supposé qui

répugne à la pensée ou ait concept humain: ou bien vous feignez quelque

autre possibilité de la part de l'objet même, laquelle, si elle

ne convient avec la précédente, ne peut jamais être connue par

l'entendement humain, et partant elle n'a pas plus de force pour nous

obliger à nier la nature de Dieu ou son existence que pour détruire

toutes les autres choses qui tombent sous la connoissance des hommes;

car, par la même raison que l'on nie que la nature de Dieu est possible,

encore qu'il ne se rencontre aucune impossibilité de la part du concept

ou de la pensée, mais qu'au contraire toutes les choses qui sont

contenues dans ce concept de la nature divine soient tellement connexes

entre elles qu'il nous semble y avoir de la contradiction à dire qu'il y

en ait quelqu'une qui n'appartienne pas à la nature de Dieu, on pourra

aussi nier qu'il soit possible que les trois angles d'un triangle soient

égaux à deux droits, ou que celui qui pense actuellement existe: et à

bien plus forte raison pourra-t-on nier qu'il y ait rien de vrai de

toutes les choses que nous apercevons par les sens; et ainsi toute la

connoissance humaine sera renversée sans aucune raison ni fondement.

[Note 54: Voyez secondes objections.]

Et pour ce qui est de cet argument, que vous comparez avec le mien, à

savoir, «S'il n'implique point que Dieu existe, il est certain qu'il

existe: mais il n'implique point; donc, etc.,» matériellement parlant il

est vrai, mais formellement c'est un sophisme; car dans la majeure ce

mot _il implique_ regarde le concept de la cause par laquelle Dieu peut

être, et dans la mineure il regarde le seul concept de l'existence et de

la nature de Dieu, comme il paroit de ce que si on nie la majeure, il la

faudra prouver ainsi: Si Dieu n'existe point encore, il implique qu'il

existe, parce qu'on ne sauroit assigner de cause suffisante pour le

produire: mais il n'implique point qu'il existe, comme il a été accordé

dans la mineure; donc, etc. Et si on nie la mineure, il la faudra

prouver ainsi: Cette chose n'implique point dans le concept formel de

laquelle il n'y a rien qui enferme contradiction: mais, dans le concept

formel de l'existence ou de la nature divine, il n'y a rien qui enferme

contradiction; donc, etc. Et ainsi ce mot _il implique_ est pris en deux

divers sens. Car il se peut faire qu'on ne concevra rien dans la chose

même qui empêche qu'elle ne puisse exister, et que cependant on concevra

quelque chose de la part de sa cause qui empêche qu'elle ne

soit produite. Or, encore que nous ne concevions Dieu que très

imparfaitement, cela n'empêche pas qu'il ne soit certain que sa nature

est possible, ou qu'elle n'implique point; ni aussi que nous ne

puissions assurer avec vérité que nous l'avons assez soigneusement

examinée, et assez clairement connue, à savoir autant qu'il suffit pour

connoître qu'elle est possible, et aussi que l'existence nécessaire lui

appartient. Car toute impossibilité, ou, s'il m'est permis de me servir

ici du mot de l'école, toute implicance consiste seulement en notre

concept ou pensée, qui ne peut conjoindre les idées qui se contrarient

les unes les autres; et elle ne peut consister en aucune chose qui soit

hors de l'entendement, parce que de cela même qu'une chose est hors de

l'entendement il est manifeste qu'elle n'implique point, mais qu'elle

est possible. Or l'impossibilité que nous trouvons en nos pensées ne

vient que de ce qu'elles sont obscures et confuses, et il n'y en peut

avoir aucune dans celles qui sont claires et distinctes; et partant,

afin que nous puissions assurer que nous connoissons assez la nature

de Dieu pour savoir qu'il n'y a point de répugnance qu'elle existe, il

suffit que nous entendions clairement et distinctement toutes les choses

que nous apercevons être en elle, quoique ces choses ne soient qu'en

petit nombre au regard de telles que nous n'apercevons pas, bien

qu'elles soient aussi en elle, et qu'avec cela nous remarquions que

l'existence nécessaire est l'une des choses que nous apercevons ainsi

être en Dieu.

En septième lieu, j'ai déjà donné la raison, dans l'abrégé de mes

Méditations, pourquoi je n'ai rien dit ici touchant l'immortalité de

l'âme; j'ai aussi fait voir ci-devant comme quoi j'ai suffisamment

prouvé la distinction qui est entre l'esprit et toute sorte de corps.

Quant à ce que vous ajoutez[1], «que de la distinction de l'âme

d'avec le corps il ne s'ensuit pas qu'elle soit immortelle, parce que

nonobstant cela on peut dire que Dieu l'a faite d'une telle nature que

sa durée finit avec celle de la vie du corps,» je confesse que je

n'ai rien à y répondre; car je n'ai pas tant de présomption que

d'entreprendre de déterminer par la force du raisonnement humain une

chose qui ne dépend que de la pure volonté de Dieu.

[Note 55: Voyez secondes objections.]

La connoissance naturelle nous apprend que l'esprit est différent du

corps, et qu'il est une substance; et aussi que le corps humain, en tant

qu'il diffère des autres corps, est seulement composé d'une certaine

configuration de membres, et autres semblables accidents; et enfin que

la mort du corps dépend seulement de quelque division ou changement

de figure. Or nous n'avons aucun argument ni aucun exemple qui nous

persuade que la mort, ou l'anéantissement d'une substance telle qu'est

l'esprit, doive suivre d'une cause si légère comme est un changement

de figure, qui n'est autre chose qu'un mode, et encore un mode non de

l'esprit, mais du corps, qui est réellement distinct de l'esprit. Et

même nous n'avons aucun argument ni exemple qui nous puisse persuader

qu'il y a des substances qui sont sujettes à être anéanties. Ce qui

suffit pour conclure que l'esprit ou l'âme de l'homme, autant que cela

peut être connu par la philosophie naturelle, est immortelle.

Mais si on demande si Dieu, par son absolue puissance, n'a point

peut-être déterminé que les âmes des hommes cessent d'être au même temps

que les corps auxquels elles sont unies sont détruits, c'est à Dieu seul

d'en répondre. Et puisqu'il nous a maintenant révélé que cela n'arrivera

point, il ne nous doit plus rester touchant cela aucun doute.

Au reste, j'ai beaucoup à vous remercier de ce que vous avez daigné si

officieusement et avec tant de franchise m'avertir non seulement

des choses qui vous ont semblé dignes d'explication, mais aussi des

difficultés qui pouvoient m'être faites par les athées, ou par quelques

envieux et médisants. Car encore que je ne voie rien entre les choses

que vous m'avez proposées que je n'eusse auparavant rejeté ou expliqué

dans mes Méditations (comme, par exemple, ce que vous avez allégué des

mouches qui sont produites par le soleil, des Canadiens, des Ninivites,

des Turcs, et autres choses semblables, ne peut venir en l'esprit de

ceux qui, suivant l'ordre de ces Méditations, mettront à part pour

quelque temps toutes les choses qu'ils ont apprises des sens, pour

prendre garde à ce que dicte la plus pure et plus saine raison, c'est

pourquoi je pensois avoir déjà rejeté toutes ces choses), encore,

dis-je, que cela soit, je juge néanmoins que ces objections seront fort

utiles à mon dessein, d'autant que je ne me promets pas d'avoir beaucoup

de lecteurs qui veuillent apporter tant d'attention aux choses que j'ai

écrites, qu'étant parvenus à lu fin ils se ressouviennent de tout ce

qu'ils auront lu auparavant: et ceux qui ne le feront pas tomberont

aisément en des difficultés, auxquelles ils verront puis après que

j'aurai satisfait par cette réponse, ou du moins ils prendront de là

occasion d'examiner plus soigneusement la vérité.

Pour ce qui regarde le conseil que vous me donnez de disposer mes

raisons selon la méthode des géomètres, afin que tout d'un coup les

lecteur les puissent comprendre, je vous dirai ici en quelle façon

j'ai déjà tâché ci-devant de la suivre, et comment j'y tâcherai encore

ci-après.

Dans la façon d'écrire des géomètres je distingue deux choses, à savoir

l'ordre, et la manière de démontrer.

L'ordre consiste en cela seulement que les choses qui sont proposées les

premières doivent être connues sans l'aide des suivantes, et que les

suivantes doivent après être disposées de telle façon, qu'elles soient

démontrées par les seules choses qui les précèdent. Et certainement j'ai

tâché autant que j'ai pu de suivre cet ordre en mes Méditations. Et

c'est ce qui a fait que je n'ai pas traité dans la seconde de la

distinction qui est entre l'esprit et le corps, mais seulement dans la

sixième, et que j'ai omis tout exprès beaucoup de choses dans ce traité,

parce qu'elles présupposoient l'explication de plusieurs autres.

La manière de démontrer est double: l'une se fait par l'analyse ou

résolution, et l'autre par la synthèse ou composition.

L'analyse montre la vraie voie; par laquelle une chose a été

méthodiquement inventée, et fait voir comment les effets dépendent des

causes; en sorte que si le lecteur la veut suivre, et jeter les yeux

soigneusement sur tout ce qu'elle contient, il n'entendra pas moins

parfaitement la chose ainsi démontrée, et ne la rendra pas moins sienne,

que si lui-même l'avoit inventée. Mais cette sorte de démonstration

n'est pas propre à convaincre les lecteurs opiniâtres ou peu attentifs:

car si ont laisse échapper sans y prendre garde la moindre des choses

qu'elle propose, la nécessité de ses conclusions ne paraîtra point; et

on n'a pas coutume d'y exprimer fort amplement les choses qui sont assez

claires d'elles-mêmes, bien que ce soit ordinairement celles auxquelles

il faut le plus prendre garde.

La synthèse au contraire, par une voie toute différente, et comme en

examinant les causes par leurs effets, bien que la preuve qu'elle

contient soit souvent aussi des effets par les causes, démontre à la

vérité clairement ce qui est contenu en ses conclusions, et se sert

d'une longue suite de définitions, de demandes, d'axiomes, de théorèmes

et de problèmes, afin que si on lui nie quelques conséquences, elle

fasse voir comment elles sont contenues dans les antécédents, et qu'elle

arrache le consentement du lecteur, tant obstiné et opiniâtre qu'il

puisse être; mais elle ne donne pas comme l'autre une entière

satisfaction à l'esprit de ceux qui désirent d'apprendre, parce qu'elle

n'enseigne pas la méthode par laquelle la chose a été inventée.

Les anciens géomètres avoient coutume de se servir seulement de

cette synthèse dans leurs écrits, non qu'ils ignorassent entièrement

l'analyse, mais à mon avis parce qu'ils en faisoient tant d'état qu'ils

la réservoient pour eux seuls comme un secret d'importance.

Pour moi, j'ai suivi seulement la voie analytique, dans mes Méditations,

parce qu'elle me semble être la plus vraie et la plus propre pour

enseigner; mais quant à la synthèse, laquelle sans doute est celle que

vous désirez de moi, encore que, touchant les choses qui se traitent en

la géométrie, elle puisse utilement être mise après l'analyse, elle

ne convient pas toutefois si bien aux matières qui appartiennent à la

métaphysique. Car il y a cette différence, que les premières notions qui

sont supposées pour démontrer les propositions géométriques, ayant de

la convenance avec les sens, sont reçues facilement d'un chacun: c'est

pourquoi il n'y a point là de difficulté, sinon à bien tirer les

conséquences, ce qui se peut faire par toutes sortes de personnes, même

par les moins attentives, pourvu seulement qu'elles se ressouviennent

des choses précédentes; et on les oblige aisément a s'en souvenir,

en distinguant autant de diverses propositions qu'il y a de choses

à remarquer dans la difficulté proposée, afin qu'elles s'arrêtent

séparément sur chacune, et qu'on les leur puisse citer par après

pour les avertir de celles auxquelles elles doivent penser. Mais au

contraire, touchant les questions qui appartiennent à la métaphysique,

la principale difficulté est de concevoir clairement, et distinctement

les premières notions. Car, encore que de leur nature elles ne soient

pas moins claires, et même que souvent elles soient plus claires que

celles qui sont considérées par les géomètres, néanmoins, d'autant

qu'elles semblent ne s'accorder pas avec plusieurs préjugés que nous

avons reçus par les sens, et auxquels nous sommes accoutumés dès notre

enfance, elles ne sont parfaitement comprises que par ceux qui sont fort

attentifs et qui s'étudient à détacher autant qu'ils peuvent leur esprit

du commerce des sens: c'est pourquoi, si on les proposait toutes seules,

elles seraient aisément niées par ceux qui ont l'esprit porté à la

contradiction. Et c'est ce qui a été la cause que j'ai plutôt écrit

des Méditations que des disputes ou des questions, comme font les

philosophes; ou bien des théorèmes ou des problèmes, comme les

géomètres, afin de témoigner par là que je n'ai écrit que pour ceux

qui se voudront donner la peine de méditer avec moi sérieusement et

considérer les choses avec attention. Car, de cela même que quelqu'un se

prépare à combattre la vérité, il se rend moins propre à la comprendre,

d'autant qu'il détourne son esprit de la considération des raisons

qui la persuadent, pour l'appliquer à la recherche de celles qui la

détruisent.

Mais néanmoins, pour témoigner combien je défère à votre conseil, je

tâcherai ici d'imiter la synthèse des géomètres, et y ferai un abrégé

des principales raisons dont j'ai usé pour démontrer l'existence de Dieu

et la distinction qui est entre l'esprit et le corps humain; ce qui ne

servira peut-être pas peu pour soulager l'attention des lecteurs.

RAISONS

QUI PROUVENT

L'EXISTENCE DE DIEU, ET LA DISTINCTION QUI EST

ENTRE L'ESPRIT ET LE CORPS DE L'HOMME,

DISPOSÉES DUNE FAÇON GÉOMÉTRIQUE.

Discours de la méthode · 第 37 / 93 题