Ceci n'est point une actualité, quoi qu'on en puisse croire, mais un
récit puisé dans un vieux manuscrit enseveli sous la poussière et oublié
dans un coin de la bibliothèque du château de X... Inutile de dire que
je ne nommerai jamais ce château.
Je ne suis pas une plagiaire: je copie, et si je tais le nom de
l'auteur, c'est que mon vieux manuscrit n'est point signé.
Çà et là, les souris ou quelque autre vermine ont bien effacé ou déchiré
quelques lignes d'écriture, je tâcherai d'y suppléer, et je demande
d'avance pardon au lecteur, si mon imagination n'est pas à la hauteur du
reste.
Le commencement, surtout, est un peu vague; l'auteur a craint sans doute
de se désigner trop clairement; car il faut avouer, pour être juste, que
bien que ces souvenirs nous soient donnés comme ayant été écrits par une
amie, ils ne sont pas précisément l'oeuvre d'une amie!
Mais le silence de la mort qui s'est établi depuis si longtemps sur tous
les personnages dont il va être question, m'autorise à mettre ce récit
en lumière.
Il est toujours intéressant d'étudier la société du XVIIIe siècle (?),
dans sa vie intime, et de pénétrer ces dehors brillants, qui cachaient
si souvent des plaies effroyables!
Est-ce à dire que nous valons mieux à présent? Il ne m'appartient pas de
juger. Chacun s'en tire, comme il croit le mieux.
Les coeurs, autrefois, étaient les mêmes, les institutions seules ont
changé, ainsi que les préjugés.
Est-ce donc parce qu'on n'ose regarder en face une statue antique libre
de voiles, qu'on soit plus vertueux? Allons donc! Vous tous qui criez
tant après Mme X..., ou Mme Z..., parce que son oeil bleu en dit
beaucoup, et que son sourire en demande davantage!... laissez là vos
belles phrases, ne vous méfiez pas tant de la race humaine, sans quoi,
elle se méfiera de vous, et pourriez-vous affirmer que vous ne le
regretteriez pas?
Il faut bien être quelque peu sceptique, pour ne pas tomber dans la
naïveté.