To present a broad view of the Negroes concerned in this and the
subsequent series of documents we have given below accounts appearing
from decade to decade, written by men of different classes and of
various countries. Some received one impression and some another, as
the situation was viewed from different angles. In the mass of
information, however, there is the truth which one may learn for
himself.
CONSIDERATIONS SUR L'ESCLAVAGE; NÈGRES LIBRES; MULÂTRES DE LA
LOUISIANE, 1801
L'esclavage, le plus grand de tous les maux nécessaires, soit
relativement à ceux qui l'endurent, soit par rapport à ceux qui
sont contraints d'en employer les victimes, existe dans toute
l'étendue des deux Louisianes. Il ne seroit pas facile de
determiner pendant combien d'années la partie septentrionale en
aura besoin; mais on peut assurer qu'il doit exister bien des
siècles encore dans le Midi si le Gouvernement veut y encourager
l'agriculture, qui est son unique ressource. Les Nègres seuls
peuvent se livrer aux travaux dans ces climats brûlans: le Blanc
qui y périt jeune malgré toutes sortes de ménegemens, ne feroit
qu s'y montrer s'il étoit obligé d'y cultiver son champ de ses
propres mains. Pour tirer parti de cette colonie, l'on doit donc
protéger l'importation des Nègres qui y sont en trop petit
nombre; mais il est en même temps de l'intérêt du Gouvernement,
de veiller a ce que les habitans n'y abusent pas du pouvoir que
la loi et droit de propriété leur donnent.
Après la cruelle expérience de Saint-Domingue, qui probablement
aura ouvert les yeux de tous ces philantropes qui ne comptent
pour rien la prosperité des empires, lorsqu'elle semble être en
contradiction avec ces sentimens d'humanité, dont ils feignent
souvent d'avoir été doués par la nature; je suis loin d'engager
aucun gouvernement à relâcher les liens de l'esclavage: on doit
les laisser subsister dans leur intégrité, ou perdre les
colonies. Cependant doivent-ils négliger cette branche
d'administration et s'en rapporter aveuglément aux proprietaires,
qui paroissent avoir un intérêt direct à ménager leurs esclaves?
C'est ce que je suis loin de croire. Les passions agissent trop
fortement sur le coeur des hommes, pour ne pas en restreindre la
vivacité par des règlemens sages; leur intérêt même souvent
mal-entendu les aveugle sur leurs propres avantages. L'avarice
crie à l'un que ses esclaves mal vêtus et mal nourris, n'en sont
pas moins tenus a lui rendre les services qu'l exige; la colère
conduit l'autre à faire des exemples terribles, sous prétexte
d'effrayer ceux qui seroient tentés de lui manquer; un grand
nombre enfin se croit autorisé à s'en servir pour assouvir ses
passions et servir ses passions et servir ses gouts, fussent-ils
même contraires aux devoirs de la société et opposés aux
principes religieux. Aux yeux des gouvernans les hommes ne
doivent être que de grands enfans, dont, en sages précepteurs,
ils dirigent les caprices de manière à les faire tourner à leur
plus grand bien.
Dans la basse Louisiane les Nègres sont très mal nourris: chacun
ne reçoit pas par mois audelà, d'un baril de maïs en épis, ce qui
ne fait que le tiers d'un baril en grain;[228] encore beaucoup de
propriétaries prélèvent-ils quelque chose sur leur ration. Ils
doivent se procurer le suplus de leur nourriture, ainsi que leurs
vêtemens, avec le produit de leur travail du dimanche. S'ils ne
le font pas, ils sont exposés à rester nus pendant la saison
rigoureuse. Ceux qui leur fournissent des vêtemens, le
contraignent à employer pour eux les jours de repos, jusqu'a ce
qu'ils aient été remboursés de leurs avances. Pendant tout l'été,
les Nègres ne sont pas vêtus. Les parties naturelles sont
uniquement cachées par une pièce d'étoffe, qui s'attache à la
ceinture par devant et par derrière, et qui a conservé dans toute
l'Amérique septentrionale habitée par les François, le nom de
_braguet_. L'hiver ils ont généralement une chemise et une
couverture de laine, faite en forme de redingotte. Les enfans
restent souvent nus jusqu'à l'age de huit ans, qu'ils commencent
à rendre quelques services.
Un maître ne doit-il pas a son esclave le vêtement et une
nourriture substantielle, à proportion du travail qu'il en exige?
Le jour du repos n'appartient-il pas à tous les hommes, et plus
particulièrement à ceux qui sont employés aux penibles travaux de
la campagne? Ce sont des questions qui n'en seroient pas, si
l'avarice, plus forte que l'humanité, ne dominoit presque tous
les hommes, mais sur-tout les habitans des colonies. Que
résulte-t-il cependant de cette avarice mal entendue? les Nègres
mal nourris et trop fatigués s'épuisent et ne peuplent pas; de
l'épuisement nait la foiblesse, de la foiblesse le decouragement,
la maladie et la mort. Pour augmenter son revenue le
propriétaire perd donc le capital, sans que son expérience le
rende ordinairement plus sage. Je n'ignore pas que les Nègres
sont loin de ressembler aux autres hommes; qu'ils ne peuvent être
conduits ni par la douceur, ni par les sentimens; qu'ils se
moquent de ceux qui les traitent avec bonté; qu'ils tiennent par
la morale à la brute, autant qu'à l'homme par leur constitution
physique; mais ayons au moins pour eux soins que nous avons pour
les quadrupèdes, dont nous nous servons: nourrissons-les bien
pour qu'ils travaillent bien, et n'exigeons pas au-dela de leurs
facultés ou de leurs forces.
Les Nègres sont naturellement fourbes, paresseux, voleurs et
cruels; il est inutile d'ajouter qu'ils sont tous dans le coeur
ennemis des Blancs: le serpent cherche à mordre celui qui le
foule aux pieds; l'esclave doit haïr son maître. Mais ce dontil
est difficile de rendre compte, c'est l'aversion et la brutalité
des Noirs libres pour ceux de leur espèce. Parviennent-ils à se
procurer des esclaves? ils les traitent avec une barbarie dont
rien ne peut approcher; ils les nourrissent plus mal encore que
ne font les Blancs, et les surchargent de travail: heureusement
leur penchant à la fainéantise et a l'ivrognerie, les tient dans
un état de mediocrité dont ils sortent rarement.
Quoique les Nègres libres perdent très-peu de leur haine pour les
Blancs, ils sont cependant loin d'être aussi dangereux que les
Mulâtres. Ces hommes qui semblent participer aux vices des deux
espèces, comme ils out participé à leurs couleurs, sont méchans,
vindicatifs, traîtres et également ennemis des Noirs qu'ils
méprisent, et des Blancs qu'ils ont en horreur. Cruels jus qu'à
la barbarie envers les premiers, ils sont toujours prêts à saisir
l'occasion de tourner leurs bras contre les seconds. Fruits du
libertinage de leurs pères, dont ils recoivent presque tous la
liberté et une éducation assez soignée, ils sont loin d'en être
reconnaissans; ils voudroient en être traités comme des enfans
légitimes, et la différence que l'on met entr'eux les porte à
détester même les auteurs de leurs jours. On en a vu un grand
nombre, dans le massacre de Saint-Domingue, porter sur eux leurs
mains parricides. Les plus délicats se chargeoient mutuellement
de cette détestable commission. Vas tuer mon père, se
disoient-ils, je tuerai le tien.
Mais, dira-t-on, le premier droit de la nature est de se racheter
de l'esclavage, comme c'en est un aussi de faire jouir des
bienfaits de la liberté l'être qui tient de nous l'existence. Ces
vérités ne peuvent être contestées; mais une troisième qui n'est
pas moins évidente, c'est qu'il est du devoir d'un bon
gouvernement d'assurer par toutes sortes de moyens la vie et la
propriété des peuples qui vivent sous sa domination: or, par-tout
où il y aura des Nègres libres ou des Mulâtres, l'une et l'autre
seront chaque jour exposées au plus imminent danger. Un esclave
fuit-il son maître? c'est chez un Nègre libre qu'il va se
réfugier. Un vol a-t-il été commis? si le Nègre libre n'en est
point l'auteur, il en est au moins le receleur. Lorsque par la
suite de son travail ou de son économie un esclave peut racheter
sa liberté, qu'il aille en jouir parmi les nations qui voudront
le recevoir, ou qu'il retourne dans son pays, c'est tout ce que
le Gouvernement lui doit. Mais je ne crains pas d'assurer que
toute colonie où l'on souffrira des Nègres libres, sera le
repaire du brigandage et des crimes.
Quant aux hommes de couleur, plus dangereux encore, il seroit
probablement très-avantageux d'en former des colonies dans
quelques parties inhabitées du continent: cette mesure auroit une
suite doublement utile; elle priveroit les colonies de ces êtres
par lesquels elles seront tôt ou tard anéanties, et elle
diminueroit ce goût crapuleux des Blancs pour leurs esclaves, qui
est la ruine de la société et la cause première du pen de
population des pays qu'ils habitent.--_Voyage dans Les Deux
Louisianes_, 1801, 1802, and 1803, pp. 408-415, par M. Perrin Du
Lac.
OBSERVATIONS OF BERQUIN DUVALLON ON THE FREED PEOPLE OF COLOUR IN
LOUISIANA IN 1802
The class of free people of colour is composed of negroes and
mulattoes, but chiefly of the last, who have either obtained or
purchased their liberty from their masters, or held it in virtue
of the freedom of their parents. Of these, some residing in the
country, cultivate rice and a little cotton; a great number, men,
women and children collected in the city, are employed in
mechanical arts, and menial offices.
The mulattoes are in general vain and insolent, perfidious and
debauched, much giving to lying, and great cowards. They have an
inveterate hatred against the whites, the authors of their
existence, and primitive benefactors. It is the policy of the
Spanish government to cherish this antipathy; but nothing is to
be feared from them. There is a proportion of six whites to one
man of colour, which, with their natural pusillanimity, is a
sufficient restraint.
The mulatto women have not all the faults of the men. But they
are full of vanity, and very libertine; money will always buy
their caresses. They are not without personal charms; good
shapes, polished and elastic skins. They live in open concubinage
with the whites; but to this they are incited more by money than
any attachment. After all we love those best, and are most happy
in the intercourse of those, with whom we can be the most
familiar and unconstrained. These girls, therefore, only affect a
fondness for the whites; their hearts are with men of their own
colour.
They are, however, not wanting in discernment, penetration,
finesse; in this light they are superior to many of the white
girls in the lower classes of society, girls so impenetrably
dull, that like that of Balsac's village, they are too stupid to
be deceived by a man of breeding, gallantry and wit.