J'espère, du moins, de le devenir
A force de dîner dans la compagnie des prêtres,
C'est le cas de dire que, lorsqu'on a mangé avec eux,
Tous les plats sont bien curés.
Une triple salve d'applaudissements salua ce jeu de mots que je n'ai pas
à traduire, car l'éleveur de chevaux le commit en français.
Personnalité singulière que cet Etchechoury, parfaitement conscient de
cette vulgarité de langage et d'attitude, entretenue par lui à cause de
son amour de la tradition.
Aucun koblari ne l'égalait dans ce terre-à-terre de la ripaille qui
rejoint, plus qu'un Eliézer ne le pense, le génie homérique.
Dirai-je qu'à mon goût ce court dialogue égale, par sa grosse
simplicité, les plus belles pièces de l'antique?
Mais il n'est pas que cette veine en pays eskuarien. Et Haramboure,
l'Américain enrichi retiré à Hasparren, nous montra quelle délicatesse
de sentiment peut s'allier à cette lourde joie de vivre.
En effet, il chanta:
O ma bien-aimée, tu m'as dit:
--Le plus beau des arbres c'est le hêtre
A cause de son ombre.
--Voici le plus noir de la forêt,
T'ai-je répondu. Je te le donne,
Fais-y notre nid.
--Le saule est plus gracieux que le hêtre,
As-tu repris aussitôt, car il pleure.
--O ma bien-aimée,
Tant de sanglots sont sortis de mon coeur,
Qu'il y avait un étang à mes pieds
Où se reflétait le saule.
Mais tu as tout à coup déclaré;
--Au saule, je préfère le tilleul odorant
Où chante le rossignol.
Alors, ô ma bien-aimée,
J'ai acheté du parfum à une Bohémienne
Habile aux philtres qui séduisent;
Et, pour ressembler tout à fait au tilleul,
J'ai mis un rossignol dans mon coeur,
Et il te chante ce chant.
Mais déjà, ô cruelle, je t'entends me dire:
--Le plus beau des arbres, c'est le chêne...
--S'il en est ainsi, ô ma bien-aimée,
Fais, avec son bois, mon cercueil.
--Comment, me demanda Eliézer dans l'admiration (et il y avait de quoi),
pouvez-vous concevoir un peuple à la fois si barbare et si raffiné?
--Eh quoi! remarquai-je, Cythère n'est-elle ardue et montagneuse, hantée
des seuls chevriers, et dont pourtant Vénus est sortie... Et la légende
basque?...
* * * * *
Lorsque prirent fin ces singulières assises des _Etats-généraux_
basques, la soirée était déjà avancée.
J'entendis un à un s'égrener les grelots des calèches, des tape-cul et
des coucous, remportant aux quatre coins de l'horizon mes pittoresques
convives dont certains se détachaient jusqu'au torse sur un ciel couleur
d'omelette, de sauce tomate et de vin d'Irouléguy.