Si notre récit est terminé en fait, nous devons donner satisfaction aux
curiosités qui ont pu s'éveiller sur certains de nos personnages.
Nous devons dire surtout ce que devinrent Jeanne de Piennes, Loïse, le
chevalier de Pardaillan et François de Montmorency lorsqu'ils eurent
enfin gagné le vieux manoir où s'est déroulée la première scène de cette
histoire.
Mais, avant de revenir au château de Montmorency, jetons un dernier coup
d'oeil sur quelques autres acteurs du drame.
Maurevert alla jusqu'à Rome porter la nouvelle de la destruction des
hérétiques. En traversant la France, il put se rendre compte que la
tache de sang s'élargissait jusqu'à couvrir tout le royaume. Maurevert
demeura un an à Rome.
Que fit-il pendant cette année? Sans doute, il prépara sa fortune;
probablement il s'aboucha avec certains personnages.
Le jour où il se mit en selle pour reprendre la route de Paris, ce qui
arriva le Ier septembre de l'an 1573, une sombre satisfaction brillait
dans ses yeux, et il murmura, en se touchant la joue que le chevalier
avait cinglée:
«Et maintenant, Pardaillan, à nous deux!...»
Huguette et son mari, maître Grégoire, avaient pu demeurer cachés dans
une cave chez une de leurs parentes; lorsque le calme se rétablit,
Huguette voulut retourner à son auberge. Mais le timide Grégoire lui fit
observer que Paris était un séjour encore bien dangereux, que tous les
jours il y avait des processions ou les cris de mort retentissaient
encore; que lui, Landry Grégoire, était, Dieu merci! excellent
catholique, mais, enfin, qu'à défaut d'hérétiques on pourrait bien le
pendre ou le tailler un jour pour avoir favorisé la fuite de Pardaillan.
Huguette se rendit à ses raisonnements. Ils allèrent donc à Provins,
pays natal d'Huguette, et y demeurèrent environ trois ans, au bout
desquels maître Grégoire commença à se persuader que peut-être on
l'avait oublié, et qu'il pouvait rentrer à Paris. C'est ce qu'il fit,
non d'ailleurs sans répugnances.
Le 18 juin 1575, l'auberge de la Devinière, ainsi baptisée jadis par
Rabelais, fut rouverte, et aussi achalandée que par le passé.
Jacques Clément continua à être élevé chez les Barrés jusqu'à l'âge
de treize ans, époque de sa vie à laquelle il passa au couvent des
Cordeliers.
Ruggieri, pendant les horribles journées de carnage, demeura enfermé
dans son laboratoire, en tête-à-tête avec le cadavre embaumé du
malheureux comte de Marillac.
Ruggieri fit venir d'Italie un superbe bloc de marbre qui fut taillé en
forme de pierre tombale très simple.
Sur la pierre, il fit graver un seul mot,--le nom de l'infortuné jeune
homme: