--Pardon, monseigneur, dit une voix près du duc sanglant.
Guise se pencha, féroce, le poignard levé.
--Ah! c'est toi! fit-il en reconnaissant Bême. Que veux-tu?
--Vous voulez pendre l'Antéchrist?
--Oui! Que veux-tu? Dépêche!
--Je veux la tête, pardieu! Elle m'appartient, vous le savez! Elle vaut
mille écus d'or!»
Guise éclata d'un rire terrible.
--C'est juste! Prends-la!... Nous pendrons l'Antéchrist parles pieds,
voilà tout!...
Bême se baissa. En quelques coups de poignard il acheva de séparer
la tête du tronc. Le corps fut saisi par les pieds. Deux hommes le
traînaient, marchant en avant, chacun d'eux tenant une jambe, le torse
sanglant traînant dans la boue.
Et tous suivirent. Guise en tête!...
La marche au gibet, la marche macabre du corps traîné dans la boue
gluante de sang, commença à travers les rues de Paris, parmi d'autres
cadavres, dans le tumulte des acclamations féroces, dans le tonnerre des
détonations d'arquebuses, sous le hurlement des cloches inlassables...
Vingt mille Parisiens suivaient l'infâme procession que conduisait
Guise.
Chemin faisant, on tuait, on riait, on chantait... Le cadavre de Coligny
sautait sur les cailloux, tantôt sur le ventre, tantôt sur le dos...
Ce fut ainsi qu'on atteignit les fourches de Montfaucon. Le cadavre,
bientôt, se balança par les pieds au bout d'une corde. Et alors s'éleva
dans les airs une clameur immense qu'on entendit de tout Paris et qui
frissonna longuement, lugubre comme le grand coup d'aile de l'ouragan
déchaîné.