Là se trouvent cinq personnages qui nous intéressent. D'abord, nos
deux héros d'amour: le chevalier de Pardaillan et Loïse de Piennes de
Montmorency.
Depuis qu'ils se sont dit leur amour, ils se parlent à peine. Et
qu'est-il besoin de paroles? Il n'est pas une pensée du chevalier qui
n'aille à Loïse; il n'est pas un battement du coeur de Loïse qui ne soit
pour le chevalier. Pour Loïse. c'est bien simple: elle mourrait en ce
moment sans s'apercevoir qu'elle meurt, pourvu que lui fût près d'elle!
Et quel danger est possible quand le chevalier est là? Elle n'a pas
confiance: elle est la confiance même.
Quant au chevalier, sûr de l'amour de Loïse, il croît n'avoir plus rien
à redouter de la fortune adverse. Pourtant, il ne se croit pas certain
d'être uni un jour à Loïse. Le maréchal de Montmorency a déclaré que sa
fille est destinée au comte de Margency. Le chevalier de Pardaillan ne
connaît pas ce comte, mais il fera tout au monde pour le rencontrer, et,
l'épée à la main, lui disputera sa fiancée.
Il recherche activement deux choses. La première, c'est le moyen de
sauver définitivement Loïse, c'est-à-dire de sortir de Paris; la
deuxième, c'est de savoir qui est le comte de Margency que le maréchal a
choisi pour fiancé à Loïse.
Pendant ce temps, le vieux Pardaillan demeure à l'affût. Il fait
manoeuvrer son Gillot et échafaude un plan que nous ne tarderons pas à
voir se développer sous nos yeux. Le vieux renard est inquiet. Il flaire
il ne sait trop quel immense danger...
La pauvre Jeanne est folle. Que dire de plus? C'est peut-être la plus
heureuse. Sa douce et tendre folie l'a ramenée aux beaux jours de sa
première jeunesse. Elle se croit à Margency. Par un phénomène assez
rare, sa santé physique est entièrement rétablie.
Le maréchal de Montmorency, tenu à l'écart par les chefs huguenots parce
qu'il a refusé de s'associer à l'entreprise d'Henri de Béarn, alors que
la paix n'était pas déclarée, est, d'autre part, haï de la Cour,
parce qu'on l'accuse de bienveillance pour les huguenots: les partis
politiques ne comprennent pas l'indépendance chez un homme influent.
Mais François de Montmorency ne cherche pas l'estime et l'admiration de
ses concitoyens, pour la raison bien simple qu'il ne les estime ni ne
les admire. Il a vu trop d'ambitions déchaînées autour du trône; il a vu
trop de pensées criminelles, trop d'hypocrisies, trop de férocités: il
ne rêve plus que la retraite au fond de son manoir...
Voilà donc, d'une façon générale, la position de tous nos personnages
principaux.
Il plane sur cette situation un calme d'orage.
C'est ainsi que, dans les minutes tragiques qui précèdent la tempête,
les arbres de la forêt demeurent immobiles; pas un souffle ne traverse
l'espace. Le ciel pur n'offre rien de menaçant, et les buées grises dont
il se couvre paraissent devoir se dissiper bientôt.
Tout à coup ce ciel devient noir; une rafale énorme balaie les airs, la
tempête bat les horizons...