À quelques jours de là, le père Tanneguy et sa fille
s'acheminèrent, le premier à pied, la dernière montée sur un petit
cheval de pie d'Ouessant, vers le village de Saint-Jean-du-Doigt.
Ils étaient l'un et l'autre diversement agités.
Tanneguy songeait qu'il allait revoir la tombe où reposait sa
femme, son vieil ami, l'abbé Kersaint, et qu'il pourrait désormais
habiter la grève.
Marguerite repassait tous les événements des jours derniers; elle
revoyait Octave; et une émotion inconnue, étrange, sillonnait son
coeur quand elle venait à penser que dans quelques jours elle
serait la femme du jeune comte de Kerhor.
Ils étaient heureux l'un et l'autre, heureux même de leur bonheur
réciproque.
Tout avait été préparé pour les recevoir. L'abbé Kersaint alla à
leur rencontre, et ils passèrent cette nuit au presbytère.
Ce ne fut que le lendemain qu'ils arrivèrent au château de Kerhor.
Marguerite était aimée au pays, on l'y vit revenir avec joie, et
tous les pauvres des environs accoururent dès le matin sur son
passage, pour fêter son retour.
Le soir même ils furent installés au château, et quelques jours
après l'union de Marguerite et d'Octave était bénie par le
vénérable abbé.
Qu'ajouter à ce qui précède?... rien, sinon que Marguerite fut
heureuse autant qu'une femme peut l'être sur cette terre; que le
père Tanneguy s'éteignit lentement dans une vieillesse exempte de
soucis, et que l'abbé Kersaint continua longtemps à faire la
consolation des malheureux qui connaissaient le chemin du
presbytère.
Quant à Éric le mendiant, il eut une fin naturelle et facile à
prévoir.
Il avait été depuis longtemps signalé à l'autorité sous la
prévention de faits équivoques; il fut arrêté à quelque temps de
là comme fauteur de l'incendie de la ferme Tanneguy, et il repose
aujourd'hui à l'ombre des murailles épaisses du bagne.
On m'a assuré qu'il avait fait partie de l'un des derniers convois
à destination de Cayenne.