SCÈNE X

D'ARTELLES, FERGASSOU, puis BIRODART, puis VERTILLAC, puis RABEUF,

puis CORLAIX.

FERGASSOU. Savez-vous pourquoi elles complotent comme ça, ces petites

femmes! Hé! pardi, c'est pour faire les adieux au mari sans qu'il y ait

un public de tous les diables!

D'ARTELLES [inquiet]. Ils sont tous là-haut?

FERGASSOU. Évidemment. Ils n'ont pas de tact. Les femmes, voyez-vous

[d'Artelles qui ne l'écoute pas, prête l'oreille aux bruits du dehors.

Fergassou le prend par le bouton de sa veste]. Conférence, petite

conférence. Nos femmes de France, voyez-vous, elles n'ont pas leurs

pareilles; j'en ai connu de toutes les couleurs et de tous les sexes: de

ces Congolaises qui vous donnent la chair de poule, comme les nuits sans

étoiles, de ces Kabyles avec des seins comme des piquants qu'on a envie

d'y accrocher son chapeau, de ces petites mécaniques de Japonaises

toutes en cire et même des Laponnes qui semblent des chiens bassets

trottant sur leurs pattes de derrière ... Eh! bien, savez-vous quelle est

celle qui m'a encore le mieux trompé? Mon cher, c'est une Auvergnate.

Chaque fois qu'elle m'avait fait bien cocu,--je ne sais pas si je me

fais comprendre,--mais là, bien comme il faut, elle s'arrangeait de

telle façon que c'était encore moi, benêt qui devais la consoler. Ah!

nos femmes de France! Bon Diou!

BIRODART [entrant]. Madame de Corlaix a laissé son sac quelque part,

vous ne l'avez pas vu, d'Artelles?

D'ARTELLES. Non.

VERTILLAC [entrant]. Le sac doit être sous les coussins du divan. Madame

Corlaix croit se rappeler. [Les coussins sont retournés.]

RABEUF [entrant]. Non, pas sous les coussins, par terre, sous les tapis

du bridge.

FERGASSOU [qui regarde]. Pas plus là que là-bas.

CORLAIX [entrant]. Ne cherchez pas. Le sac est dans une vraie cachette.

La potiche qui est près de vous, Vertillac. [Vertillac retourne la

potiche, le sac tombe.] Je vous demande pardon. [Vertillac sort

emportant le sac. Corlaix va regarder par le sabord.]

FERGASSOU. En voilà une affaire de sac.

RABEUF. Tout est bien qui finit bien.

CORLAIX. Le canot à vapeur nous passe à poupe, n'est-ce pas?

BIRODART. Oui, Commandant.

VERTILLAC [entrant]. Voici le sac. Je suis arrivé trop tard.

CORLAIX [par le sabord]. Bonsoir, Alice ... Bonsoir Jeanne ...

VOIX [au loin]. Bonsoir, bonsoir.

CORLAIX. Messieurs, je ne veux pas vous retenir, il est tard et

peut-être que demain ...

FERGASSOU. Bonne nuit, Commandant, et merci.

[Corlaix distribue des poignées de main sans quitter le canot des yeux.

Quand c'est le tour de d'Artelles]:

CORLAIX. D'Artelles, mon petit, vous a-t-on parlé de ce chronomètre C

que vous devez porter demain matin à 5 h. 30 à l'Observation?

D'ARTELLES. Non, Commandant.

CORLAIX. Ce ne sera pas très long. Vous n'avez pas trop sommeil?

D'ARTELLES. Je suis à vos ordres.

[Sortent Fergassou, Rabeuf, Vertillac, Birodart.]

La veille d'armes: Pièce en cinq actes · 第 19 / 79 题