«....... nuits qui ressemblent au jour,
Avec moins de clarté, mais avec plus d'amour,»
et si une joie de la terre devait encore faire battre mon coeur, je
voudrais que ce fût par une nuit comme celle-ci, dans ce beau jardin
où dort la lumière paisible de la lune.
J'ai passé la soirée presque entière sur le balcon, et volontiers
j'y serais encore.
Mais ces contemplations ne me sont pas bonnes. Ma jeunesse s'y
réveille ardente et toute vive. La nature n'est jamais pour nous
qu'un reflet, qu'un écho de notre vie intime, et cette moite
transparence des belles nuits, ces parfums, ces murmures qui
s'élèvent de toutes parts m'apportent le trouble.
Mais tantôt, comme si elle eût deviné mes folles pensées, ma petite
lectrice, qui filait seule dans sa chambre, s'est mise à chanter:
«Ce bas séjour n'est qu'un pèlerinage.»
Ce doux chant d'une simple enfant m'a rafraîchi l'âme.
«Je crois. Au fond du coeur l'espérance me reste:
«Je ne suis ici-bas que l'hôte d'un instant.
«Aux désirs de mon coeur si la terre est funeste,
«J'aurai moins de regrets, demain, en la quittant.»
Parmi les livres de Mlle Désileux, j'ai trouvé un livret dont
presque toutes les feuilles sont arrachées, et qui porte à
l'intérieur: «Mon Dieu, que votre amour consume mes fautes, comme le
feu vient de consumer l'expression de mes lâches regrets.»
Pauvre fille! elle aussi avait un confident. Je ferai comme elle
avant de mourir.
Que pense-t-elle de son long martyre, maintenant que Dieu _lui-même
a essuyé ses larmes?_ J'aime ces tendres paroles de l'Écriture, et
tant d'autres pleines de mystère.
Qu'est-ce que cette lumière, cette paix que nous demandons pour ceux
qui _nous ont précédés?_
Qu'est-ce que cette _joie du Seigneur_, où nous entrerons tous, et
que l'âme humaine, si grande pourtant, ne saurait contenir?
Qu'est-ce que cet amour dont nos plus ardentes tendresses ne sont
qu'une ombre si pâle?
Il est certain que malgré l'infini de nos désirs et les ravissantes
perspectives que la foi nous découvre, nous n'avons aucune idée du
ciel. Et en cela nos efforts ne nous servent pas à grand chose. Nous
sommes comme quelqu'un qui, n'ayant jamais vu qu'une feuille,
voudrait se représenter une forêt, ou qui, n'ayant jamais vu qu'une
goutte d'eau, voudrait s'imaginer l'océan.
1er octobre.
«Seigneur, disait la pauvre Samaritaine, donnez-moi de cette eau,
afin que je n'aie plus soif.»
Profonde parole! mes larmes ont coulé chaudes et abondantes sur le
livre sacré. Quelle soif de naufragé peut se comparer à mon besoin
d'aimer?
Depuis ce matin, j'ai toujours présente à l'esprit cette délicieuse
scène de l'Évangile. Tantôt j'ai pris la bible illustrée pour y
chercher Jésus et la Samaritaine.
Et comme cela m'a reportée aux jours bénis de mon enfance, alors que
sur les genoux de mon père, je regardais ces belles gravures que
j'aimais tant! Je me souviens que j'en voulais à la Samaritaine qui
ne donnait pas à boire à Notre-Seigneur.
«Si vous connaissiez le don de Dieu et celui qui vous demande à
boire!»
Et, mon Dieu, ce besoin d'aimer qui s'accroît de tous nos mécomptes,
de toutes nos tristesses, de toutes nos douleurs, est-il donc si
difficile de comprendre qu'il n'aura jamais sa satisfaction sur la
terre?
Non, Dieu n'a pas fait en vain sa place dans notre âme. La puissante
grâce du baptême n'y séjourne pas si longtemps sans y creuser des
abîmes. De là viennent ces aspirations auxquelles rien ne répond
ici-bas et ces mystérieuses tristesses que le bonheur lui-même
réveille au fond de notre coeur.
Maurice disait: «De sa nature l'amour est rêveur.» C'est très vrai
Mais pourquoi rêve-t-il, sinon parce que le présent, le réel ne lui
suffit jamais?