C'est là dans cette délicieuse solitude, qu'il m'a dit pour la
première fois: «Je vous aime».
Je vous aime! cri involontaire de son coeur, qui vint troubler le
mien.
Mon père, Mina, Maurice et moi, tous nous avions un faible pour cet
endroit solitaire et charmant. Que de fois nous y sommes allés
ensemble. Ces beaux noyers ont entendu bien des éclats de rire.
Maintenant mon père est dans sa tombe, Mina dans son cloître, et moi
vivante, Maurice n'y reviendra jamais! Il disait de cette belle
mousse qu'on devrait se reprocher d'y marcher, que fouler les fleurs
qui s'y cachent, c'est une insulte à la beauté.
Ce soir, tout était délicieusement frais et calme autour de l'étang.
Pas le moindre vent dans les arbres; pas une ride sur ces eaux
transparentes, glacées de rose. Couchée sur la mousse, je laissais
flotter mes pensées, mais je ne sentais rien, rien que lassitude
profonde de l'âme.