14 mai.

Depuis mon arrivée, je n'avais pas voulu sortir, mais ce soir il

m'est venu, par ma fenêtre ouverte, un air si chargé de salin que je

n'y ai pas tenu. Quelques minutes plus tard, j'étais sur le rivage.

Il n'y avait personne. J'ai levé le voile épais sans lequel, je ne

sors plus, et j'ai respiré avec délices l'âpre et vivifiant parfum

des grèves. La beauté de la nature, qui me ravissait autrefois, me

plaît encore. Je jouissais de la vue de la mer, de la douceur du

soir, de la mélodie rêveuse des vagues clapotant le long du rivage.

Mais un jeune homme en canot passa chantant: _Rappelle-toi_, etc.

Cette romance de Musset, on l'a retenue de Maurice, et ce chant me

rappela à l'amer sentiment de son indifférence.

Que dira-t-il en apprenant ma mort_? Pauvre enfant! Pauvre

Angéline!_ Il me donnera une pensée pendant quelques jours puis il

m'oubliera.--Il a déjà oublié qu'ensemble nous avons espéré, aimé,

souffert.

Encore si moi aussi je pouvais oublier. Et pourtant non, je ne

voudrais pas. Il vaut mieux se souvenir. Il vaut mieux souffrir. Il

vaut mieux pleurer.

Angéline de Montbrun · 第 15 / 95 题