IIII

_Dans la plaine et les monts, dans la mer et les îles, Et bien loin au

fond des sept lieux dans l'au delà, Quand sur sa base enfin le géant

oscilla, Un cri vibra de joie et d'attente fébriles;

Et quand, laissant dans l'air l'écho râlé d'un glas, Il accabla le sol

de sa grandeur stérile, La tempête fondit sur le mort et de mille

Promptes flèches de foudre et de sang le cribla:

Cependant que du tronc fuyait la foule affreuse Des démons expirants

dont les voix douloureuses Clamaient vers la clarté:--Le Dieu Pan est

vivant!

Et que du pied de l'Arbre une source soudaine Jaillissait, radieuse,

amoureuse, sereine, Et déjà s'y mirait l'or du soleil levant._

V

_Source cimmérienne! Eau lustrale! Eau divine! Source de vérité, ton

éclat m'illumine. Source de volupté, tes conseils sont les vrais. Je

t'écoute et ta voix m'enseigne les Secrets, Source mystérieuse, eau

divine, eau lustrale!

Voici que sur tes bords l'antique pastorale Refleurit, libre et calme

et gaie.--O je boirai Pour purifier mon coeur à ton flot sacré! Ta

fraîcheur sur mon front, sur mes mains sur mes lèvres. Pour les guérir

du feu des maléfiques fièvres! Ta fraîcheur sur mes yeux afin qu'ils

puissent voir La vie ancienne réfléchie en ton miroir, La vie humaine

au soleil jeune épanouie, La vie heureuse, la vie humaine, la Vie!

Voici.--Par groupes et par couples, librement, Groupes rieurs, couples

graves, d'amis, d'amants, Foulant de pas égaux et lents l'herbe

odorante. Ils vont, foyers vivants de lumière vibrante, Et

fastueusement vêtus de seul soleil, A la source, qui rit son frais

rire vermeil Et s'enivre d'être claire comme la joie, Baigner leurs

corps où l'or pourpré du sang flamboie.

Et l'aurore médite au front du Dieu pensif, Solidement assis dans son

orgueil massif, Majestueux monceau de siècles et de pierres Qui dresse

à l'horizon son horreur familière Pour rappeler à l'homme aisément

oublieux Qu'il se souvienne de faire leur part aux Dieux Et leur offre

à cueillir la fleur de son extase. Car cette ardeur inextinguible qui

l'embrase Lui vient d'eux et vers eux doit retrouver son cours Selon

la loi de bienfaisante parabole Qui régit les destins, les amours et

les jours. Ainsi l'aurore sur le front dur de l'idole Inscrit en s'y

jouant l'éternelle leçon:--Si de ton propre sang libéral échanson Tu

nous le verses dans la coupe de tes veines Le vin débordera toujours

la coupe pleine Et ta gloire sera le prix de ta vertu; Il tarira dans

ton coeur avare si tu Refuses de payer la rançon légitime.

Et soudain--gloire à toi, radieuse victime!--Des orbites du Dieu un

éclair jaillissant Rouge frappe à la tête et couronne de sang Un jeune

homme, entre tous le plus beau. Il frissonne Dans la lumière divine

qui l'environne, Il se lève, et tous voient de son front, de son coeur

Rayonner les traits du soleil intérieur Qui dans l'intime orgueil du

juste le désigne Avant qu'un Dieu le montre et le proclame digne.

Et de la tête éblouissante du Témoin, Sur la plaine et la mer et les

îles, au loin, Jusqu'au fond des sept cieux tumultueux naguère, A

l'infini se propage l'âme en lumière Qui demain hors du nombre et du

temps vibrera Dans le midi profond des yeux de Taora. Et tous les

vivants sur cette grande figure Admirent la splendeur de leur gloire

future, Et la nécessité heureuse de la mort Exalte la joie et l'amour

au coeur des forts. L'élu est acclamé, l'idole est saluée. Puis une

extase tendre et du ciel influée Jette aux bras des amants les amantes

tandis Que l'âme élémentaire de ce paradis, La Fontaine Voluptueuse et

Véridique Chante aux Dieux réjouis son sublime cantique.

Iméné! C'est partout l'odeur et la couleur Du sang! C'est partout la

beauté du sang vainqueur! C'est lui qu'on voit, c'est lui qu'on sent,

c'est lui qu'on touche, C'est lui qui rit dans les blessures et les

bouches, Impatient d'agir, empressé de s'offrir, Ivre de sacrifice

autant que de plaisir, Et ses effluves font sur la nature comme Un

rideau d'or roux qu'elle tient des mains de l'homme. C'est partout la

chaleur du sang qui fuse et luit! Il arrose la terre et saigne dans

les fruits. Il décore la mer et c'est lui qui s'allume Aux roses des

coraux, épanouis d'écume. Et son odeur, avec la sieste, avec le soir,

De la fontaine où les femmes viennent s'asseoir, Dénouant les plis

frais de l'onde sur leurs hanches, S'exhale et largement dans la brise

s'épanche Et se mêle au senteurs amères du santal._

Noa Noa(#11646) · 第 27 / 64 题