_Voici le Soir qui vient dans la pourpre et l'or, ivre D'amour. C'est
l'heure fraîche où se reprend à vivre Le peuple enfant, joyeux d'un
avenir de nuit.
Et toute l'Ile, sur les rivages, au bruit Du vivo, des chansons, des
rires assemblée, S'agite, folle, bavarde, bariolée,--Les femmes, le
tiaré à l'oreille, les plis Du paréo tendus sur leurs reins assouplis,
Le torse libre, aux tons de bronze et de bitume,--Et la mourante
ardeur du couchant se rallume Aux brusques éclairs d'or qui sillonnent
leur chair.
Le vent de l'éternel été s'endort dans l'air Vespéral. Le soleil,
vieilli, vaincu, recule Devant la jeune lune au bord du crépuscule Se
dressant, radieuse, et leurs feux, un moment, Sur la crête des flots
qui dansent, mollement S'entrebaisent--et sur la tête solitaire De
l'Aroraï, temple et sommet de la terre, D'où le rideau des bois dérobe
à tous les yeux La gloire, la douleur et le secret des Dieux._