La mer, qui heurte aux récifs ses vagues déferlantes, la mer
approfondit, ne trouble pas la paix du soir, et la vie alentour, et la
vie dans la case, dans la case en bois de bourao, tait ses bruits, et
la nuit tombe, rapide, l'immense rideau d'un théâtre infini, toile
sombre illustrée d'étoiles.
Plaintifs tous deux, près et loin, mon coeur et le vivo chantent.
C'est du rivage, là bas où l'anse brusque ses contours, que me vient
la mélancolique musique: à quoi songe-t-il, le musicien sauvage, et
vers qui s'en vont ses plaintes? A qui songe-t-il, sauvage aussi, ce
coeur blessé, et dites pour qui, dans cette solitude tant désirée, il
précipite ses battements?
Dans la solitude tous deux, près et loin, mon coeur et le vivo
chantent.
La lune insidieuse et confidentielle rit à travers les bambous bien
alignés de ma case, Hina, la lune! et rythme aux caprices de sa clarté
la musique, là bas, qui me vient du rivage, et l'on dirait--ces
bambous, la lune--dans la nuit pleine de souvenirs, dans le silence,
l'instrument et la mélodie.
Dans le silence tous deux, près et loin, mon coeur et le vivo
chantent.
Ah! ce n'est pas un passant qui chante au loin sur le vivo sa chanson:
c'est mon coeur! C'est mon coeur qui se souvient au clair de la lune,
au clair de la lune qui filtre à travers les bambous de ma case sa
clarté mélodique, accompagnement des mots autrefois dits et des danses
dansées.
En moi tous deux, mon coeur et le vivo chantent.
Mais que s'en aille loin de moi mon coeur vers la mer, et que les
souvenirs cèdent aux espérances vers la mer dont les bruits autour de
l'Ile sont les murs bénis, impénétrables, de mon exil, et que je tende
mes mains à l'espace plein de promesses!
Loin tous deux, loin tous deux, mon coeur et le vivo chantent.