L'_Illustration_ consacrait, dans son dernier numéro, une série de
dessins à ceux pour qui les rigueurs de l'hiver sont la source d'une
joie nouvelle, les patineurs, qui ne sont jamais si heureux que lorsque
le thermomètre leur assure une «belle gelée.» Mais, à côté de ces
privilégiés qui regardent comme un plaisir de trouver un climat sibérien
à la porte du Bois de Boulogne, combien sont nombreux ceux qui souffrent
de cette température exceptionnelle dans nos climats!
Au premier rang de ces victimes du froid, il faut sans contredit placer
les marins, pour qui la gelée, quand elle est assez forte pour agir sur
l'eau de mer, est une véritable torture. Ceux qui ont passé le cap Horn
dans la saison des glaces ou qui ont séjourné sur les bancs de Terre
Neuve en hiver racontent, comme une des épreuves les plus pénibles de
leur existence toujours si rude, les douleurs de ces terribles
campagnes. Les embruns jaillissent sur l'avant du bateau: partout où ils
viennent se projeter, la glace se forme; la voile et les focs ne sont
plus qu'une masse compacte, ainsi que les haubans qui prennent l'aspect
d'arcs-boutants de cristal.
Nous n'en sommes pas tout à fait là encore sur nos côtes, mais nous en
approchons et les amateurs de pittoresque n'ont qu'à se rendre sur notre
littoral de Normandie pour avoir une idée de la navigation au Cap Horn.
Les barques de pêche représente notre collaborateur Koerner, rentrent au
port, l'avant recouvert d'une véritable cuirasse de glace et ornées
stalactites qui pendent le long du beaupré et des ralingues de foc,
évoquant, dans ces régions que nous ne connaissons guère que sous
l'aspect ensoleillé de l'été, le tableau d'une expédition au pôle Nord.