Tels sont les faits qui viennent d'être observés sur la planète Mars.
Nos lecteurs les connaissent maintenant avec précision. Ce ne sont point
là des conceptions imaginaires, mais des observations authentiques, et
peut-être même aura-t-on trouvé notre exposition un peu techique et
dépourvue d'ornements: elle n'en a que plus de valeur intrinsèque.
Avouons maintenant qu'il est plus facile de les décrire que de les
expliquer. Nous n'avons rien d'analogue sur la Terre.
L'eau, cet élément mobile par excellence, doit y jouer un grand rôle.
Elle existe certainement dans l'atmosphère et à la surface de Mars,
puisque l'analyse spectrale le démontre et que nous la voyons sous forme
de nuages et de neiges; la photographie a même saisi sur le fait cette
année, au mois d'avril dernier, une tempête de neige qui en 24 heures a
couvert sur Mars un territoire plus grand que celui des États-Unis.
Peut-être pourrions-nous imaginer que l'eau existe là dans un cinquième
état, intermédiaire entre le brouillard et le liquide. Sur la Terre,
elle nous présente quatre états bien différents: l'état solide de la
glace et de la neige (qui sont déjà différents l'un de l'autre), l'état
liquide habituel à la température et à la pression atmosphérique
moyennes, l'état vésiculaire des brouillards et des nuages, et l'état
invisible de la vapeur transparente.
Nous pourrions imaginer une cinquième forme, l'état visqueux, qui
permettrait d'expliquer ces formations variables dont la durée pourtant
atteint plusieurs mois. Mais pourquoi ces lignes droites et pourquoi ces
dédoublements? Nous n'avons pas encore trouvé; mais il n'est pas
interdit de chercher.
Sans avoir la prétention d'expliquer ces bizarres phénomènes, il nous a
paru intéressant de les exposer tels qu'ils viennent d'être observés.
Assurément ils nous transportent sur un autre monde, bien différent de
celui que nous habitons, quoique offrant avec lui de sympathiques
analogies. Au point de vue de l'atmosphère, des saisons, des climats,
des conditions météorologiques, Mars paraît habitable, aussi bien et
même mieux que la Terre, et peut fort bien être actuellement habité par
une race humaine très supérieure à la nôtre, étant, selon toute
probabilité, plus ancienne et plus avancée. L'industrie de ces êtres
inconnus est-elle entrée pour quelque chose dans le tracé de ces canaux
rectilignes qui se dédoublent en certaines saisons? Reste-t-elle
étrangère à ces variations si soudaines et si énigmatiques que nous
observons d'ici? Il faudra sans doute encore bien des années
d'observation pour découvrir exactement ce qui se passe chez nos voisins
du ciel.
Camille Flammarion.