Il a parlé. Nous sommes fiancés. Et c’est divin!... Je n’ai même plus
envie d’écrire mon bonheur. Il est en moi, dans mon cerveau, dans mon
cœur, dans mon âme. Les mots l’abîmeraient en le racontant. Que c’est
délicieux de vivre! Comment des pessimistes moroses osent-ils prétendre
le contraire!...
Il y a cependant une ombre sur ma joie. Mère trouve absurde qu’on ait
même l’idée de marier «des enfants» comme nous. C’est elle qui parle.
«Quand tu auras vingt ans, répète-t-elle, il sera temps.»
Malgré ma belle confiance, j’ai un peu peur de ces déclarations, car
maman ne fait jamais que ce qu’elle veut. Père la laisse agir tout comme
il lui plaît. Elle sait si joliment s’arranger pour qu’il soit
impossible de lui résister!
Heureusement, cette fois, père est en très bonnes dispositions à notre
égard... J’espère bien fort en lui. Tout bas, je le supplie, avec la
tendresse que je lui ai toujours vouée et qu’il me rend si profonde!...
Alors je ne me tourmente pas trop!...